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    L’Orangeraie

     

     

     

     

     

     

     

     

    Résumé d’après Gallimard

     

     

    Les jumeaux Amed et Aziz auraient pu vivre paisiblement à l’ombre des orangers. Mais un obus traverse le ciel, tuant leurs grands-parents. La guerre s’empare de leur enfance. Un des chefs de la région vient demander à leur père de sacrifier un de ses fils pour le bien de la communauté. Comment faire ce choix impossible? Conte moral, fable politique, L’orangeraie maintient la tension jusqu’au bout. Un texte à la fois actuel et hors du temps qui possède la force brute des grandes tragédies

     

     

     

    Ecrit comme ça, ça peut faire penser au choix de Sophie (j’ai vu que le film) mais en fait non. Le résumé induit même un peu en erreur parce qu’au final le choix est assez rapide du point de vue du père. C’est plutôt le reste est qui est compliqué, le choix de la mère d’abord, et enfin la détermination des jumeaux à assumer un choix qui n’appartient qu’à eux au final.

     

    Un petit mot sur l’auteur :

     

    Larry Tremblay est un auteur et dramaturge québécois né en 1954. Après avoir complété une maîtrise en théâtre à l'Université du Québec à Montréal, il fait plusieurs voyages en Inde où il se spécialise en kathakali, une forme de théâtre dansé ancestral. Sa production sera imprégnée par cet art indien qui, même s'il n'en sera pas le principal sujet, influencera son écriture. D'abord reconnu comme comédien pour son incarnation solo des quatre personnages de Provincetown Playhouse, juillet 1919, j'avais 19 ans, une pièce écrite par Normand Chaurette et produite par la compagnie de théâtre saguenéenne Les Têtes Heureuses, sa carrière de dramaturge prend véritablement son envol avec la production de la pièce Le déclic du destin, lue sur les ondes de la Société Radio-Canada en 1980 par Jean-Louis Millette. Avec le temps, l'auteur voit plusieurs de ses œuvres théâtrales traduites en différentes langues - plus d'une douzaine, dont l'anglais, l'allemand, l'italien, l'espagnol et le tamoul6. Elles ont également été produites dans de nombreux pays. D'ailleurs, ses oeuvres, diversifiées de genre, sont aujourd'hui reconnues au Québec et ont fait, pour la plupart, le tour du globe. En plus de sa production artistique, il enseigne le jeu et l'écriture dramatique à l'École supérieure de théâtre de l'Université du Québec à Montréal jusqu'en 2009.

    «En 2006, quatre de ses pièces sont présentées sur les scènes montréalaises dont La hache qu’il met en scène au Théâtre de Quat’Sous et qui récolte trois nominations au Gala des Masques 2006. »

    Larry Tremblay a publié un peu plus d'une vingtaine de livres incluant plusieurs genre: poésie, textes dramatiques, essais et romans

     

    Larry Tremblay

     

     

     

    Pour la petite histoire, je ne connaissais pas du tout Larry Tremblay. Je suis tombé un peu par hasard sur le livre. Il trainait sur le bureau d’un « jeune » (25 ans) cousin de ma femme quand je suis parti au Canada. Il a vu que le livre m’intriguait et il me l’a donné. Ils sont décidément très gentils ces Canadiens. Je l’avais commencé en vacances, et je l’ai paumé, du coup j’étais passé à autre chose en me disant que je le reprendrai plus tard.
    Ca fait donc deux ans que roman trainait chez moi.

     

    Je ne vais pas m’étendre sur outre mesure sur l’Orangeraie. C’est un roman court, qui se lit extrêmement vite et qui est très réussi.
    Comme on peut le lire dans sa « bio », Tremblay est un auteur aguerri. C’est probablement ce qui fait qu’il arrive à aller à l’économie de mots et son talent fait qu’avec des phrases extrêmement simples, il arrive à transmettre énormément d’émotions.

    Il y a quelque chose d’horriblement malaisant à suivre ces deux enfants d’une dizaine d’années devenir témoins  de la brutale transformation du domaine qui les a vus grandir et qui les avait isolés jusqu’alors devenir l’épicentre de la guerre, et à les voir tous deux condamnés par la fatalité, l’un à mourir et l’autre à vivre.

    Si j’ai eu l’impression à la lecture du roman que l’histoire se déroulait en Afghanistan, il n’y a absolument aucun détail déterminant le pays où se situe l'histoire. Tremblay prend le parti de ne jamais préciser le lieu de l’action, permettant une identification plus forte et une universalité de l’histoire, universalité à laquelle renvoie le dernier acte.

     

    Ce livre est apparemment devenu un petit classique de la littérature "jeune", souvent étudié au collège ou au lycée. Il n'en demeure pas moins que c'est pourtant un livre bien plus profond que ce qu'on attend en général de la littérature "jeunesse" actuelle. En vrai j'ai pas grand chose à dire dessus. Ca se lit vite, c'est maîtrisé de bout en bout, et c'est très poignant.  

    Bref, c'est une belle découverte, d'autant plus que je ne crois pas avoir déjà lu un roman québécois (hormis, un Kathy Reichs mais ça compte pas, et puis c'était avant la série Bones). Je lirai un autre de ses bouquins à l'occasion.

     

    Allez next.

     

     

     

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    Pour la bio du mec on va faire court:

     

    Luidji (et non Luigi, parce qu'il est haïtien et non italien, et que ces gens là écrivent les prénoms comme ils le veulent ha ha) est né en 92 (ou 91, je sais plus) à Villiers le Bel et a grandi à Issy les Moulineaux. Il commence le rap au lycée grâce à son grand frère et se professionnalise assez rapidement. Alors qu'il est à l'université, il décroche un contrat en maison de disque chez Wagram. Néanmoins après quelques désillusions il finit par continuer sa carrière en indépendant et fonde son propre label Foufoune Palace Records. Il sort son premier album Tristesse Business en 2019.

     

     

    J'ai découvert cet artiste avec le son Foufoune Palace (ce titre putain) il y a quelques années sur la très bonne chaîne Ofive TV je crois à l'époque où je la regardais (elle n'existe plus je crois malheureusement).

     

     

     

     

     

     

    Et vu que hormis deux trois phases marrantes j'avais rien retenu du son, je l'ai aussitôt oublié lol.

     

    Et puis, il y a deux semaines (enfin trois ou quatre mois maintenant ha ha!), je suis tombé sur ce son

     

     

     

     

     

     

     

    Et j'ai beaucoup aimé.

     

    "je pourrais pas être ami avec celui que j'étais avant" ha ha! Effectivement il y a quatre ans d'écart entre les deux sons. Et niveau maturité (dans la musique comme dans le propos) on sent bien les années.

    Je me suis penché donc à nouveau sur le bonhomme sans même capté avoir qu'il s'agissait du même mec à la base. Et, si j'ai fait l'impasse sur ses précédents projets, j'ai directement écouté Tristesse Business, son album sorti l'année dernière.

     

     

     

     

     

     

     

    La cover est plutôt sympa je trouve. Elle fait d'ailleurs presque office de note d'intention pour l'album. En même temps ça devrait être le cas pour la plupart des albums.

     

    Tristesse Business donc, est un peu un album concept articulé autour de la vie de Luidji, enfin de la vie amoureuse du bonhomme. On a donc droit à ses histoires avec sa meuf, avec son ex, avec ses groupies, avec...

    Enfin bref rien que du très neuf donc. Sauf qu'il y a une certaine ligne directrice qui nous fait partager ses déboires et ses états d'âme. En vrai dans le fond, Tristesse Business, c'est un peu la chanson Helsinki de Dinos sur tout un album.

    Le style de Luidji est un peu particulier. On peut dire qu'il s'inscrit un peu dans la mouvance des rappeurs actuels tels que Jossman, Alpha, ou encore Dinos dont il est apparemment assez proche (on le voit d'ailleurs se taper un bain de foule dans le clip de Palace Mafia) mais en fait pas seulement. En gros on sent que parmi ses influences majeures il y a probablement Drake non seulement dans la manière de chantonner (même si tout le monde le fait maintenant) et aussi dans sa manière d'étaler ses états d'âmes et histoires sentimentales à longueur de temps, mais aussi d'autres mecs comme Mick Jenkins, Isaiah Rashad, Saba et Sylvan Lacue pour leur vibe générale rappé/chanté un peu jazzy et leurs textes à des années lumière du gangsta rap. En tout cas c'est l'impression que j'ai eue en l'écoutant. En tant que rappeur, Luidji arrive à être relativement polyvalent: il rappe, chante (pas mal en plus), sait donner un certain fond à ses textes. Bref, il se défend.

     

     

     

     

     

     

     

     

    Alors, que penser de l'album? Bah comme prévu, l'album ressemble à ce à quoi on peut s'attendre de la part du gars, un gars plus intelligent et cultivé que le rappeur moyen. Le storytelling est un exercice assez difficile et encore plus rare dans le rap français. Mais lui s'en sort plutôt bien. Le pb (parce qu'il y en a toujours un) vient d'ailleurs.

     

     

    En fait, le pb que j'ai avec n'est pas vraiment sur l'album à proprement parler, mais plutôt sur le fond, et la démarche "artistique" du mec. Dans un sens, il fait ce que beaucoup d'artistes font depuis que les artistes existent: il se fout à poil sur l'album. Car il s'agit d'un album très personnel, et très bien articulé autour de sa vie sur laquelle il se livre sans fard. La sincérité est un des trucs qui caractérisent peut-être le plus Tristesse Business.
    Seulement voilà, plus encore que lui-même, je trouve que sa démarche renvoie aussi à la vie de ses proches (ou plutôt ex proches). Et l'entendre raconter ses déboires sur ses ex, ça me et un peu mal à l'aise sur la considération qu'il leur porte. Raconter que tu trompais ta meuf à tour de bras, que tu te tapais ton ex en même temps au point de lui faire un gosse, raconter que l'ex en question était tellement amoureuse au point d'accepter d'être traitée au mieux pour un plan cul, au pire pour une chienne, je trouve ça très limite. MAIS LE RACONTER SUR TOUT UN ALBUM, je trouve ça horriblement inconvenant (j'ai du vocabulaire) sachant que les meufs concernées vont forcément le savoir. Enfin je trouve ça horriblement irrespectueux, surtout que le mec passe son temps à dire qu'il regrette plus ou moins tous ces trucs et que l'album lui a un peu servi de catharsis pour pouvoir passer à autre chose. Je dirais pas que le procédé est malhonnête vu qu'il assume la plupart de ses conneries mais ça reste assez vilain néanmoins. En témoigne ce morceau par exemple:

     

     

     

     

     

     

    Bref, il faut réussir ) déceler le vrai de l'inventé mais bon c'est quand même un bel enculé.

     

    Si on  arrive à faire abstraction de ça, et de la relative crudité de certains textes (il ne parle pratiquement que d'amour et de cul), on peut dire que l'album est plutôt réussi. Et s'il y a bien une chose qui ajoute une très grosse plus-value à çet album, c'est qu'il est extrêmement bien produit. On ne le dit pas assez mais les producteurs français ont fait un énorme bon en dix-quinze ans. Là où avant hormis quelques prodiges, la plupart faisaient des trucs aussi impersonnels que pompés sur la mouvance américaine du moment, les prodos d'aujourd'hui , s'ils sont toujours inspirés par ce qui se fait outre Atlantique, n'ont plus rien à envier à leurs homologues US niveau qualitatif. Mine de rien , si je m'intéresse encore un peu au rap français c'est en partie grâce à des prodos comme Easy Dew, Hologram Lo, DJ Weedim, Ikaz Boi etc.

    Ici en l'occurrence on doit la réussite aux talentueux Ryan Koffi et Pee Magnum et à l'alchimie qu'ils opèrent avec Luidgi. Ca peut paraître paradoxal dit comme ça mais l'album est très musical (bien plus que la majorité des albums de rap), et le fait que Luidji passe assez naturellement du rap au chant ajoute encore à la qualité de ce Tristesse Business. En témoignent les morceaux très soul Le Remède, et Gisèle, qui font partie de mes morceaux préférés.

     

     

     

     

     

     

     

     

    Par contre pour Gisèle, pourquoi ce blaze? Personnellement, la seule Gisèle dans ma vie est une petite bonne femme de province sans histoires qui doit bien avoir la soixantaine aujourd'hui. Elle est donc assez loin du portrait de la michto de téléréalité décrite dans le son. Dommage d'ailleurs qu'il ait choisi de raconter un peu de la merde car je pense que même si dans la forme ce son est très bon, il aurait mérité un meilleur sujet.

     

     Bon, je m'arrête là. Comme je l'ai déjà dit, Tristesse Business est un très bon album de rap français, bien plus original que la moyenne avec sa vibe soul un peu décalée, et  qui doit autant  sa réussite au talent de Luidji qu'à l'alchimie qui opère avec ses producteurs. Et puis les clips qui ont accompagné l'album sont également assez réussis, ils me rappellent ceux d'Ichon en un peu moins barré.
    Bref ça m'incite à suivre Luidji, vu qu'il ne cesse de gagner en maturité. Enfin vu les interviews du bonhomme, le prochain album n'est pas prêt d'arriver.

     

    Je me demande quand même ce qu'est devenu son gosse lol.

     

    Allez next.

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    Ou Freshwater en VO.

     

     

     

     

    Résumé de l'éditeur

     

     

    Au Nigéria, dans la cosmologie igbo, lorsqu’un enfant est dans le ventre de sa mère, il est façonné par des esprits qui déterminent son destin. Mais à la naissance de la petite Ada, les portes entre le monde des humains et celui des esprits se sont temporairement ouvertes, le temps pour ces derniers de s’immiscer dans le corps de la fillette et de s’y trouver bloqués.
    Un pied dans le monde des vivants, un pied dans le monde des esprits, Ada va ainsi grandir envahie par un cortège de voix qui vont se disputer le contrôle de sa vie, fractionnant son être en d’innombrables personnalités.
    Mais lorsque Ada quitte son berceau géographique pour faire ses études aux États-Unis, un événement traumatique d’une violence inouïe va donner naissance à un nouvel esprit, beaucoup plus puissant, beaucoup plus dangereux. Ce nouveau «moi» prend possession d’elle et se nourrit de ses désirs, de sa colère et de sa rancœur. La vie de la jeune fille prend alors une tournure de plus en plus inquiétante, où la mort semble devenir une séduisante échappatoire.

     

    Ouais c'est un peu long mais j'avais la flemme de rédiger un résumé moi-même. J'ai déjà la flemme d'écrire sur ce blog alors bon...

     

    Je suis tombé sur ce livre totalement par hasard. Enfin il était en vitrine et m'a intrigué. Akwaeke Emezi, ça sonnait nigerian. Ca parlait de cosmologie igbo même. Alors je l'ai acheté direct, comme ça. Sans réfléchir.

     

    Avant tout un petit mot sur l'auteur.e (c'est comme ça qu'on écrit je crois) gentiment fourni par Wikipedia:

     

    Akwaeke Emezi, née en 1987 à Umuahia au Nigeria, est une personnalité nigériane, écrivaine non-binaire, d'origine Igbo et Tamoul.  Akwaeke Emezi se décrit comme « Nigériane, noire, trans et non-binaire ». Emezi utilise le pronom they singulier en anglais.

     

    Trans... non binaire... WTF!! Moi qui l'avais juste acheté parce qu'elle avait un nom nigerian, igbo qui plus est (d'ailleurs ma famille vient de la même région qu'elle, j'y suis allé à Umuhaia), et de la religion igbo que je ne connais pas. Je comprends pourquoi le vendeur, un Noir à dreadlocks sympa, m'a regardé avec étonnement quand j'ai dit que le livre était pour moi (surtout que je l'ai acheté près du Marais). Si j'avais lu ça avant, je suis pas sûr que je l'aurais acheté. Enfin bon, je ne regrette pas.

     

     

     

     

    Akwaeke Emezi

     

     

     

    Pour reprendre la description Wikipedia, il est précisé qu'elle est la première personnalité trans à avoir remporté le prix Baileys Women's Prize for Fiction, un prestigieux prix littéraire anglo-saxon. Il est aussi précisé plus bas qu'elle a transitionné à 28 ans et qu'elle a raconté le parcours dans des articles. Cool...
    Notons aussi que sa soeur cadette, Yagazie Emezi, est une photographe assez réputée (plutôt charmante qui plus est).

     

    Je pense que malgré tout ce qu'on peut se dire, chacun a ses limites quand il s'agit de tolérance. En ce qui me concerne, si les gays me font en général ni chaud ni froid, j'ai toujours eu du mal avec le transexualisme. Quand je parle de tolérance j'en parle pas avec méchanceté mais plutôt comme acceptation d'une certaine normalité. Physiquement déjà, c'est un truc qui m'a longtemps fait flipper (comme les clowns ou les mimes). Je vais faire dans le cliché du Brésilien du Bois de Bou mais une meuf musclée d'1m90 avec une voix plus grave que la mienne, ça me met clairement mal à l'aise. Peut-être parce que mon cerveau n'arrive pas à identifier clairement de quoi il s'agit. Je caricature évidemment mais dans le fond je le pense vraiment.

    J'aurais beau dire que je m'en fous, que chacun fait sa vie et que je ne veux pas juger, ça ne m'empêche pas de penser que le transexualisme relève de la psychiatrie. Après si ça peut aider des femmes nées dans des corps d'hommes ou le contraire à se sentir enfin comme ils ou elles devraient l'être, tant mieux. Le pire étant que c'est quelque chose qui existe dans de nombreuses cultures depuis des siècles comme les hijras en Inde, les fakaleiti dans les îles Tonga etc. D'ailleurs, il y a dix ans j'avais été dans une resto polynésien super bon, tenu par des... ben par des "femmes" quoi. Etrange au début de voir des serveuses balèzes, puis on s'y fait. C'est à cette époque que j'ai appris l'existence des "mahu" en polynésie.

     

     

     

    Enfin bref, pour en revenir au bouquin, le fait d'avoir appris ça en cours de route m'a un peu perturbé. Je ne savais pas si Akwaeke était née homme ou femme. Au final ça n'importe pas tant et on finit par l'apprendre assez rapidement. Akwaeke  tout comme son alter ego Ada sont nées femmes et le sont restées au moins jusqu'à 28 ans.

    Le livre m'a donc un peu perturbé au départ d'autant plus que l'héroïne ne s'exprime quasiment jamais directement. Ce sont les ogbanje qui parlent à sa place la plupart du temps. Pour faire simple, les ogbanje ce sont des esprits qui intègrent les corps à la naissance, des esprits pas forcément bienveillants qui plus est. Un peu comme les "jnoun" quoi. Et ces ogbanje ont guidé la vie chaotique de l'Ada. Emezi écrit d'ailleurs la plupart du temps l'Ada au lieu d'Ada, comme pour accentuer la dépersonnalisation de son héroïne, car elle est en général davantage un véhicule pour les esprits qui habitent son corps qu'un être à part entière. Ce procédé lui permet aussi une certaine distanciation vis à vis de son alter ego, et donc un certain recul vis à vis des épreuves qui ont jalonné sa vie. 

    C'est assez difficile de parler du roman sans en révéler l'intrigue. Pour faire simple, j'ai eu un peu de mal à entrer dans le livre. Non qu'il soit mal écrit ou autre (c'est bien écrit et bien traduit). Simplement j'ai eu un peu de mal à accrocher au délire des ogbanje et du roman écrit à la première personne du... pluriel (le pire étant que selon Wikipedia elle utilise le pronom "they" pour parler d'elle). J'ai trouvé ça un peu facile, et surfait au début, comme un gimmick d'écriture, puis comme un prétexte servant à déresponsabiliser l'Ada de ses mauvais choix et ses mauvaises actions. Et puis mon impression a changé en cours de route. On se prend au jeu des ogbanje et de ses conversations avec ce qui ressemble à autant différentes personnalités d'elle-même, et on en vient irrémédiablement à se demander si toute la mystique autour des ogbanje n'est pas une manière polie de parler de schizophrénie, Akwaeke étant totalement consciente de la mince frontière entre les deux. Et au fur et à mesure que j'ai lu et découvert la vie chaotique de l'Ada, j'ai été pris d'un sentiment assez trouble quelque part entre la pitié; la compassion pour ce personnage totalement instable et torturé, qui plonge dans l'auto destruction comme si cela apaiserait ses blessures les plus profondes.

    C'est assez triste, d'autant plus que si salut il y a, il ne vient que par l'acceptation de toutes ses composantes qui font d'elle ce qu'elle est.

     

    Pour résumer, Eau Douce est un beau roman, une belle histoire autobiographique assez émouvante, peut-être un peu inégale, mais qui ne sombre jamais dans le pathos.

     

    Bonne découverte.

     

    Allez next.

     

     

    A noter: une série adaptée serait en préproduction. Pas hyper convaincu personnellement, le roman se suffisant amplement à lui-même je pense..

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    Vu que je suis confiné comme tout le monde et que ça fait longtemps que j'ai rien posté, on va en profiter pour parler de

     

     

     

     

     

     

     

    Résumé:

     

    L'histoire se déroule dans un monde post-apocalyptique partagé en deux dimensions hermétiques : Hole, la cité-décharge des Humains, et le monde des mages. Les mages peuvent voyager dans le monde humain via des portes magiques.

    Le récit tourne autour de Caiman, un personnage qui a perdu la mémoire. Transmuté par un mage, il possède une tête de reptile et une force impressionnante. Il est accompagné par une jeune femme, Nikaido, avec qui il traque les mages pour retrouver son identité d'origine.

     

    Merci Wikipedia pour le résumé relativement fidèle.

     

     

     

     

     

     

    Pour faire court, Dorohedoro   est un des animes phares du début d'année avec Darwin Game (qui est sympa) et d'autres que j'ai pas matés. Enfin de ce que j'en sais vu que je ne suis pas l'actu non plus.

    Mais qu'est-ce que ça veut dire Dorohedoro? D'après ce que j'ai compris, il s'agirait d'un jeu de mot improbable, une espèce de mot-valise entre boue (doro) et nausée (hedo), faisant un peu office de note d'intention. En gros un truc un peu dégueu sans queue ni tête. Je peux me tromper mais ça semble cohérent sachant que le mot s'écrit en katakana, ce qui signifie qu'il n'a probablement pas de traduction littéral. En tout cas ça donne un peu le ton au truc.

     

     

    Perso je ne connaissais absolument pas, et je suis tombé dessus par hasard. Dans le genre anime barré Dorohedoro se pose là. Non mais il faut voir les premières secondes de l'anime pour se demander sur quoi on est tombé. De mémoire j'ai jamais vu une intro pareille. Par la suite, l'opening complètement perché (qui montre Nikaido, l'héroïne, faire des gyozas) est à l'avenant.

     

     

     

    Non mais c'est clairement n'importe quoi ha ha! Et pourtant on n'aurait pas mieux fait pour illustrer le truc.

     

    Comme on peut le voir dans le trailer, Doro He Doro, le manga comme l'anime, possède une patte très particulière et atypique dans le monde du manga. L'influence de la mangaka Q Hayashida (oui, c'est une femme) est multiple: on pense à l'oeuvre d'Otomo, à Gunnm (pour le délire sur les villes parallèles), à Spawn et aussi à la bd européenne, voire anglaise. En tout cas j'ai du mal à imaginer qu'elle ne soit pas fan de Hellblazer vu le contexte (les mages), l'ambiance (crade et punk) et même le design d'au moins un perso (un blond à la Billy Idol). On pourrait limite imaginer avoir affaire à un manga cyberpunk (ou steampunk même) des années 80 tellement il est référentiel.

     

     

     

     

     

     

    On peut même voir du Miura (Berserk) là.

     

     

    Le tour de force de la série est de jongler habilement entre le glauque, voire le gore et le complètement barré. Ca part dans tous les sens mais d'une force. Pour donner un ordre d'idée, ça parle quand même d'un homme à tête de caïman et une meuf qui fait des gyozas, et qui croisent la route de mages 2.0, d'un cafard géant, de joueurs de baseball, de morts vivants, d'un caïd ultra mégalo, de tueurs à gages, de trafiquants de magie, de diables littéralement sortis de l'enfer... Le tout, entremêlant des scènes comiques et des scènes hyper trash, voire carrément malsaines (du genre voir un perso important se faire littéralement arracher le visage, un autre se faire décapiter, un autre se faire couper en deux etc.). Bref, l'équilibre est délicat.  Mais le pire, c'est que ça fonctionne, et que la série retombe toujours sur ses pattes. Surtout que la structure narrative est assez particulière, et loin d'être linéaire.

     

     

     

     

    Caiman, un amnésique insensible à la magie et Nikaido, son acolyte

     

     

     

    En plus de l'histoire, les perso se révèlent tous intéressants, voire attachants, et si l'intrigue autour du passé de Caiman est au centre du manga, on se plait à suivre l'évolution des autres protagonistes comme Nikaido, En et ses sbires.

     

     

     

     

    Le caïd En (au centre) et sa "famille"

     

     

     

     

    Je ne sais pas pourquoi ils ont tenu à l'adapter maintenant mais si c'était pour attendre d'avoir le budget, ils ont bien fait: d'un point de vue purement  plastique c'est top. Que ce soit le dessin (très très fidèle) ou l'animation, voire la musique, tout est réussi et dans le ton du manga original. Chose encore plus surprenante, l'anime se permet même le luxe d'avoir cinq endings (génériques de fin) différents sur un format aussi court, là où d'ordinaire une anime change d'opening tous les douze épisodes.

     

     

     

    MAIS et parce qu'il y a un grand "mais":  pourquoi avoir seulement fait 12 épisodes? Parce que bon laisser l'histoire en plan comme ça je ne comprends pas trop le projet. Surtout que c'est de plus en plus à la mode chez les Japonais ce genre de délire. J'ai cru comprendre qu'ils faisaient parfois ça pour booster les ventes d'un nouveau manga (un manga récent et toujours en cours). Seulement là je capte pas parce que non seulement le manga date d'une dizaine d'années je crois (en fait 20 apparemment puisqu'il a été édité de 2000 à 2018), mais qu'en plus il est terminé. Bref c'est un dommage de laisser l'histoire et les personnages en plan comme ça.

     

     

     

     

    Shin et Noi, deux dangereux hommes de main de En

     

     

     

    Après on va pas bouder son plaisir. Malgré tout ce détail carrément frustrant, l'anime est d'une si bonne facture qu'on n'aurait pas pu faire plus fidèle. Je ne sais pas de quel budget la boîte a disposé mais globalement j'ai trouvé ça assez incroyable.

     

    Bref je vais m'arrêter là. Malgré son court format (douze épisodes), Dorohedoro est énorme tant parce ses qualités visuelles que par son histoire totalement loufoque et glauque et ultra violente à la fois, le tout avec un équilibre rarement atteint dans le monde du manga. Je suis sûr que ce pur OVNI, qui a beau être sorti en début d'année, va déjà figurer dans le top de ce qui va sortir cette année.

    Vivement la saison deux, sinon au pire je me ferai le manga original. C'est pas mal non plus comme idée.

     

    Allez next.

     

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    Résumé Allociné:

     

    Adaptation Live de la saga littéraire du Sorceleur.

    Le sorceleur Geralt, un chasseur de monstres mutant, se bat pour trouver sa place dans un monde où les humains se révèlent souvent plus vicieux que les bêtes.

     

     

    Et voilà.

     

     

     

     

    Nouvelle série phare de Netflix, The Witcher m'a quelque peu intrigué alors j'ai fini par mater, comme tout le monde. En fait la série a beau être adaptée d'une série le romans, The Witcher m'évoque davantage une série de jeux vidéos à succès qu'une saga culte de l'heroic fantasy comme l'Assassin Royal ou Le Disque Monde.

     

     

     

     

    D'ailleurs j'avais même jamais entendu parler des livres en fait.

    Enfin bref. Pour en revenir à la série qui nous intéresse, The Witcher a beaucoup fait parler d'elle, non seulement parce qu'elle est tirée de romans à succès mais surtout parce qu'elle est arrivée plus ou moins au moment où Game of Thrones se terminait (GOT qui a été la série la plus téléchargée au monde, et la plus chère aussi je crois). Bref, si l'attente était là, elle partait avec un gros handicap vu qu'elle allait immédiatement souffrir de la comparaison avec la saga de George R.R Martin.

    De fait, dès le premier épisode, on tombe sur un château envahi par les méchants, une fille pourchassée, un antihéros qui tue des monstres Bref on comprend pas grand chose si ce n'est que les humains ont autant besoin du Witcher qu'ils le détestent. C'est brouillon, et le coup du "héros martyr" est un peu cliché. Je trouve ça mal amené.
    La suite est à l'avenant avec l'introduction d'un personnage qui va se révéler très important pour l'évolution de l'histoire.  Mais voilà, sans vouloir spoiler, on comprend toujours pas le délire. Je veux dire, bien que l'histoire se mette progressivement en place avec une chronologie quelque peu morcelée (avec un sens de l'élipse et du flashback tout particuliers), certains ressorts scénaristiques sont mal amenés d'autant que  certains perso sont ou surfaits, ou inintéressants, ou encore hyper chiants, la palme revenant à une sorcière qui passe de Cosette à sorcière rebelle sache trop qu'on sache pour quelle raison. Et ses sautes d'humeurs incessantes la rendent très vite assez insupportable.

     

     

     

    Yennefer (Anya Chalotra), la sorcière la plus paumée de l'histoire, et le perso le plus mal exploité

     

     

     

    En fait, le gros problème de la série à mon sens est son format. C'est en général compliqué d'adapter une oeuvre littéraire car on est un peu obligé de couper dans le tas, voire d'éluder certaines intrigues ou personnages. Et là on sent clairement que huit épisodes étaient trop peu. Il y avait sans doute une crainte de la part des producteurs de ne pas avoir assez de scènes choc pour satisfaire le fan (ou le public moyen) mais au final les personnages perdent en épaisseur et l'histoire perd en intérêt. Dommage. D'ailleurs dans le lot, au delà du personnage éponyme, je ne sauve que la reine Calanthe de Cintra qui est aussi charismatique que détestable par sa bêtise assumée. Une espèce de Cersei Lannister, avec une armure et sans inceste.

     

     

     

     

    Calanthe de Cintra (Jodhi May), la reine guerrière aussi "badass" que mégalomane

     

     

     

     

    Côté mise en scène, la série a beau être fortement budgétée, il n'en demeure pas moins que le résultat est globalement assez cheap. Certes on n'est pas au niveau de la Caverne de la Rose d'Or et les monstres sont bien faits, mais non seulement les combats sont mal filmés, mais en plus je sais pas les décors sont globalement répétitifs. Par ailleurs, gros budget oblige, les scènes de sang et de sexe qu'on est en droit d'attendre sont aux abonnés absents. Ah ouais on n'est pas sur HBO là ha ha! Dommage.

     

     

    Alors est-ce que la série est un fiasco pour autant? Je dirais non. Elle se laisse regarder, et même si j'en avais pas grand chose à faire des climax et autres cliffhangers comme on dit, j'ai continuer à mater sans déplaisir.

    Côté distribution, les acteurs paient le manque d'épaisseur de l'histoire ou de leurs personnages. A ce niveau seul (ou presque) Henry Cavill s'en tire. Il faut dire que le bonhomme (qui a récupéré 10 points de charisme depuis Superman) porte clairement la série et la tire vers le haut. C'est toujours ça de pris.

     

    Bref, pour résumer, loin d'être la purge qu'on aurait pu craindre, The Witcher est une "sympathique" série totalement inoffensive qui n'a pas d'autre but que de divertir le spectateur moyen. Enfin j'espère.

     

    Allez next.

     

     

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