• Artana! Artana!

     

     

     

     

     

    Résumé de l'éditeur:

     

     

    Erik Ketezer est vétérinaire en Normandie, mais il a passé sa jeunesse à Courvilliers, un ancien fief communiste de la périphérie parisienne. De retour dans sa cité natale pour enquêter sur le décès du frère d’'une de ses amies, il découvre l’état de déliquescence de la ville. L'’économie est dominée par le trafic de drogue, qui s'’organise au sein même de l’équipe municipale : on a découvert des centaines de kilos de cannabis dans le centre technique de la mairie, dirigé par un délinquant notoire. Une impunité inexplicable règne, couvrant les actes de népotisme, les faux emplois, les pots-de-vin, les abus de biens sociaux en tout genre. Pendant ce temps, la ville part à vau-l'eau, les équipements municipaux sont détériorés, les ascenseurs ne fonctionnent pas plus que le ramassage des poubelles, les rats pullulent, le maire a été élu grâce au travail efficace des dealers et des islamistes qui ont labouré le terrain en distribuant menaces et récompenses…
    Ce nouveau roman de Didier Daeninckx est mené tambour battant. Son écriture efficace, directe, est mise au service d’'un tableau accablant des territoires oubliés de la République.

     

     

     

     On va refaire la bio du mec en express: issu d'une longue lignée de communistes aux origines belges et charentaises, il est né à St Denis et à grandi à Aubervilliers où il a adhéré aux Jeunesses Communistes. Il a longtemps travaillé à l'usine, puis est devenu journaliste pour la presse locale et a profité d'une période de chômage pour écrire le premier d'une longue série de romans policiers. Profondément engagé, son œuvre est fortement marquée par les conditions de vie des prolétaires dans les villes de banlieue.

     

     

     

     

     

     

     

    Je connais Didier Daeninckx de nom depuis très très longtemps, pourtant je n'ai jamais lu aucun de ses bouquins. Pourtant si j'ai acheté ce roman précis, c'est parce que je suis tombé par hasard sur un article (probablement celui du Parisien) sur Facebook indiquant un "portrait d'Aubervilliers au vitriol".

    Aubervilliers... Ah Aubervilliers... Si le nom de Daeninckx m'a interpelé si longtemps (alors que je lis très peu de polars français) c'est aussi parce qu'il vient d'Auber, et que cette ville est très importante pour moi. On va dire qu'après St Denis et Paris, c'est la troisième ville à compter dans ma vie. J'y ai fait ma primaire, j'allais au jardin près de la mairie, à la piscine, et même au ciné étant ado. Et surtout, j'y ai vécu. Du coup, le roman a eu une certaine résonance pour moi. Ainsi les lieux évoqués dans le livre me parlent forcément vu que j'ai vécu dans la rue des Fillettes (rue des Jeunettes de Courvilliers), pas loin du foyer des Maliens où ado j'allais manger, mater les matches de foot voire me faire couper les cheveux, et où j'allais encore récemment voir les mécaniciens de rue (des Ivoiriens d'ailleurs, et pas des Maliens).

     

     

    Pour en revenir au livre, je peux dire que j'ai été agréablement surpris. C'est bien écrit, bien rythmé, bien amené et il faut le dire assez addictif. On sent que le mec est un vieux de la vieille niveau écriture. Ce qui est pas mal c'est que l'enquête du héros prend une tournure assez intéressante dans le sens où, loin de suivre un schéma policier traditionnel elle est composée de rencontres et d'entretiens assez "intimes" qui permettent de découvrir petit à petit l'envers du décor d'un banal fait divers. Et évidemment, à travers cette enquête, Didier Daeninckx en profite pour dresser un état des lieux peu reluisant de sa ville. 

    Même si je ne connais pas spécialement la situation politique de la ville, au vu de la description elle semble se rapprocher de celle de Saint Denis a priori, donc elle doit être catastrophique. En tout cas vu le portrait qu'il en fait.

     

    Si la mairie d'Auberv... pardon, de Courvilliers en prend pour son grade, certaines célébrités comme Soral, Dieudonné, Faurisson, Ramadan, se prennent aussi quelques balles en route. Il y a d'ailleurs une critique assez violente des partis politiques municipaux (de gauche notamment) qui, à des fins électorales, ont favorisé les dérives communautaires et religieuses, en permettant à des personnalités douteuses (voyous de quartier ou de cité, imams douteux, lobbyistes véreux...) d'accéder à des postes stratégiques tout ça dans le but de bénéficier de leurs influences au moment des élections. Des pactes avec plusieurs diables. Quelle que soit la part de vérité de ces décisions qui ont amené à gangréner la vie politique de la ville (et logiquement celle des citoyens), je trouve le parti pris assez courageux.

     

    Pour autant et malgré la virulence du discours, le roman ne manque pas d'humour, avec quelques passages limite WTF comme quand le héros se promène à Phuket et croise Jason Voriz au bar de Seth Gueko, ou encore quand un des personnages raconte que le maire d'Aube.. de Courvilliers s'est fait séquestrer et s'est mangé des claques. J'aimerais bien vérifier si c'est vrai ça. Enfin ça ne m'étonnerait même pas vu qu'à St Denis il y a une dizaine d'années des mecs ont braqué les gens du conseil municipal en pleine session d'assemblée (véridique). Les maires adjoints se sont faits dépouiller normal.

     

    Enfin ça reste des anecdotes mais c'est assez révélateur d'un certain climat et qui explique pourquoi certains quartiers sont pratiquement laissés à l'abandon, à Courvilliers comme ailleurs dans le 93.

     

     Bon je m'arrête là. Bref, vous l'aurez compris, Artana c'est un très bon roman, loin des clichés habituels sur la banlieue. 

     

    Allez next.

    Partager via Gmail Delicious Technorati Yahoo! Blogmarks Pin It

    Tags Tags : , , , , , , , , , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :