• Il y a un moment que je m'intéresse à Amin Maalouf. Plusieurs connaissances me parlent de ses oeuvres avec enthousiasme, le mec est non seulement auteur de best seller mais aussi académicien, et par ailleurs également oncle du grand trompettiste Ibrahim Maalouf. Un de mes amis m'avait conseillé Léon l'Africain qu'il avait adoré mais un concours de circonstances m'a mis sur la route de son dernier bouquin.

     

     

     

    Résumé:

    A la suite d'un appel de Mourad, un ami à qui il n'avait pas adressé la parole depuis 25 ans, Adam comprend que ce dernier est sur le point de mourir et qu'il souhaite le revoir sur son lit de mort. Adam prend aussitôt un avion et revient dans son pays natal, un pays qu'il a fui avec l'émergence du conflit qui a ravagé la région.

     

    Bon honnêtement au départ j'ai eu un peu de mal à rentrer dans le délire. Le mec prend un avion comme s'il prenait un bus. Ok y a urgence mais quand même! Ensuite l'ami Mourad en question est un notable,  Adam est hébergé chez son amie qui a un hôtel de luxe avec chauffeur, serveur champagne à volonté chaque jour etc.son autre ami d'enfance a un jet... Franchement ça m'a gonflé, l'impression de lire un truc de riches qui ont des problèmes de riches.

     

    Heureusement Amin Maalouf est loin d'être idiot (bah oui), et cet étalage de fric n'est pas anodin. Comme il le souligne à plusieurs reprises, si certains sont devenus si riches c'est que la guerre profitent parfois à certains (comme le disait Schindler au début du film de Spielberg). Aussi plusieurs questionnements ressortent du livre. S'il est facile de l'extérieur de poser un jugement sur les actes de chacun, personne n'est capable d'indiquer ce qu'il aurait fait en restant au pays, et jusqu'à quel point on est capable de conserver son intégrité morale dans un contexte où celles-ci deviennent des concepts abstraits et seule la loi du plus fort finit par l'emporter.

    Mais au fond, le vrai coupable c'est la guerre. C'est elle qui a changé la vie de tous les protagonistes, et qui a chassé Adam,Albert et Naïm de leur paradis d'étudiants idéalistes. Ce qui est intéressant c'est que malgré l'évidence du pays Amin Maalouf ne mentionne jamais le Liban explicitement. Non seulement parce que la guerre est universelle, mais surtout parce qu'elle n'a pas seulement ravagé un seul pays. Au point que que même ayant grandi dans ce pays, Adam se rendra compte que les locaux ne le considèrent plus comme un des leurs.

    Comme le dit Sémiramis, la meilleure amie d'Adam, "ici" on ne dit pas la guerre" mais "les événements", tout simplement parce qu'il s'agit d'une succession de conflits qui ont vu s'affronter plusieurs parties différentes, parfois pour des motifs religieux, parfois ethniques ou politiques.

    Aussi selon Amin Maalouf, la guerre a non seulement changé le pays à jamais mais aussi toute la région. Ainsi il fait de nombreuses fois référence au conflit Israelo-Palestinien et à la façon dont il a changé le paysage de manière irréversible, forçant les populations juives séculaires ou millénaires à s'exiler en Israël.

    Pourtant au delà même de la guerre, ce retour forcé au pays ou au village des protagonistes ravivera des souvenirs heureux de leur vie passée, mais aussi des blessures secrètes.

    Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si le héros s'appelle Adam, loin de là. Tout au long du roman Amin Maalouf fait référence au premier homme et nous renvoie face au péché originel et à son Paradis perdu (son pays, sa jeunesse, ses amis, la maison de ses parents) à la fois avec nostalgie et fatalisme.

    A travers les yeux de cinq amis quadragénaires dont les destins ont basculé avec le début d'un conflit qui ravagé le pays, Amin Maalouf livre un roman vaguement autobiographique assez pessimiste sur une région qui ne s'en est jamais remis, qui plus que jamais est en perte de repères, en proie à un extrémisme religieux et qui montre les prémices d'une fin de civilisation.

     

    Beau livre

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    Blacksad, comme son nom l'indique, nous dévoile les aventures de John Blacksad, chat noir et détective privé de son état, trainant sa carcasse de détective privé aux quatre coins des Etats Unis des années 50. Bien que désabusé comme tout privé qui se respecte, il n'en possède pas moins un grand coeur, ce qui l'entrainera le plus souvent des affaires sordides et tortueuses.

     

     

    Dès sa sortie cette série a rencontré un très grand succès pour ses qualités graphiques et scénaristiques évidentes. En effet le dessin de Juanjo Guarnido est tout simplement superbe. Il dessert magnifiquement (oui, magnifiquement) les scénarios tortueux de Juan Diaz Canales.

     

    Weekly, journaliste crasseux et fidèle compagnon de Blacksad

     

    Pourtant si la série a connu un très grand succès c'est surtout au parti pris graphique des auteurs. En effet, l'anthropomorphisme si cher à Disney entre autres (Juanjo Guarnido a d'ailleurs bossé chez Disney un temps) est ici utilisé à contre pied de la niaiserie et légèreté qu'il suggère habituellement. Bon c'est pas Fritz The Cat non plus mais on n'est pas chez dans les Aristochats ou les Bisounours. Autant le dire: comme les trois quarts des  trucs dont je parle Blacksad n'est pas vraiment un truc pour les enfants. Si Blacksad est espagnole la BD ne cultive pas le cynisme, l'ultraviolence et l'humour très noir de Torpedo. Pourtant elle n'en reste pas moins une série sombre développant des thèmes très adultes: racisme, nazisme, pédophilie, guerre froide...

     Les fachos d'Arctic Nation, un épisode particulièrement sombre

     

    John Blacksad c'est vraiment Philip Marlowe version chat, à savoir un privé désabusé mais ayant un grand coeur et toujours doté d'un sacré flair pour se sortir d'affaires plus grosses que lui. Chacun des tomes de la série développe donc une intrigue tortueuse et sordide s'incluant dans le contexte de l'époque, digne d'un bon Chandler. Dans Amarillo par exemple le dernier tome en date, Juan Diaz Canales se permet même de faire référence à la Beat Generation et  particulièrement de William S. Burrough, le pote de Kerouac qui a joué à Guillaume Tell avec sa femme et qui a raté la pomme (véridique!)

     Chad Lowell, un malheureux écrivain tourmenté

     

    Et qui dit roman noir dit femme fatale, et elles ont beau avoir des têtes de chattes et de chiennes (sans jeu de mots douteux), elles sont plus sexy que celles des pubs Orangina:

     

     

     

     

     

     

    Blacksad en charmante compagnie

     

     Bref cette série qui a déjà 5 tomes à son actif, mérite amplement son statut de classique et plaira à tout bon fan de polar hard boiled façon Chandler et Hammett.

    2 Nouveaux tomes sont prévus pour 2016!

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  • Le plus célèbre roman d'Orwell avec 1984, et  que je voulais lire depuis un bail:

     

     

     

    l'histoire: 

    La Ferme des animaux (titre original : Animal Farm) est un apologue de George Orwell publié en 1945 (en 1947 pour la traduction en français), décrivant une ferme dans laquelle les animaux se révoltent puis prennent le pouvoir et chassent les hommes, à la suite de la négligence de ceux-ci à leur encontre. Il s'agit d'une fable animalière par laquelle Orwell propose une satire de la Révolution russe et une critique du stalinisme.

     

     

    Bon grâce à Wikipedia  (encore lui), je viens d'apprendre un nouveau mot: apologue. En gros il s'agit d'une allégorie sous forme de fable visant à critiquer un système, un régime etc si j'ai bien compris.

     

    Sous couvert de mettre en scène des animaux tout mignons Orwell nous raconte une histoire sombre et somme toute très cruelle. A la mort de Sage l'Ancien, le cochon intelligent rappelant furieusement Lénine, les animaux prennent conscience de la portée de son discours et de leur oppression. Ils finissent par se rebeller contre le propriétaire mr Jones et décident de faire tourner la ferme en toute autonomie et de rédiger une déclaration reposant sur le principe d'égalité entre les animaux. Tout le parallèle avec l'histoire du communisme, notamment avec la chute de Nicolas II et surtout la rivalité entre les deux cochons Napoléon et Boule de Neige, rappelant celle de Staline et de Trotski, est évident.

     

    Surtout, à mesure qu'on avance dans l'histoire on voit le comportement des cochons changer vis-à-vis des autres autres animaux et devenir de véritables enculés. Mais pire encore on finit limite par ne plus s'émouvoir du sort des animaux (sauf de certains quand même) parce qu'ils l'ont bien cherché finalement

     

    Bref je vais pas détailler mais pour faire bref les cochons c'est vraiment une sale race. D'ailleurs, juste  après avoir terminé le livre, j'ai mangé du lardon et une pizza jambon chorizo, pour le principe.

     

    Plus qu'une simple critique du communisme (auquel il fait forcément référence), La Ferme des Animaux décrit de manière simple mais juste et universelle l'évolution d'un peuple opprimé et la transition d'un régime totalitaire à un autre (que ce soit en Russie, à Cuba, en Chine, en Afrique ou même en France avec la Terreur), avec les sentiments d'euphorie et de liberté qui arrivent dans la première phase qui disparaissent par la suite pour ne devenir avec le temps que des symboles abstraits d'une époque révolue.

     

    Et puis il y a cette très belle phrase criante de cynisme et de vérité qui renvoie à notre chère déclaration (universelle ou non): "tous les animaux sont égaux, certains sont plus égaux que d'autres".

     

    Un très beau livre

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    Même dans l'univers des mangas, la genèse de One Punch Man est assez particulière. A la base OPM comme on le nomme en abrégé est un webcomic (manga web même plutôt), écrit et surtout dessiné par ONE (le pseudo de l'auteur) sur son site Internet. Devant le succès de la première version malgré un dessin quelque peu approximatif, Yusuke Murata, un mangaka pas hyper connu mais hyper doué (en fait il est connu vu qu'il a dessiné EyeShield 21, célèbre manga sur le foot américain dont je ne parlerai pas ultérieurement mais qui est très bien quand même), s'est joint à ONE et tous les deux ont décidé de refaire le manga depuis le début mais avec les dessins hyper classes de Murata. Car s'il y a 2 choses réussies dans le manga ce sont bien les dessins et l'originalité de l'histoire.

    Parlons en de l'histoire tiens:

    Saitama, un jeune looser ordinaire, n'a qu'un but dans la vie: devenir un superhéros. Pour ce faire, il s'entraine dur, tellement dur qu'il finit par perdre tous ses cheveux. En revanche il obtient une force tellement importante qu'elle lui permet  de venir à bout de n'importe quel individu d'un seul coup de poing. Aussi finit-il par se lasser de n'avoir aucun ennemi qui puisse lui arriver à la cheville.

     

     
    Saitama en pleine démonstration de sa force

     

    Devant ce pitch hautement improbable, toute l'intelligence de ONE a justement été de s'attarder sur les problèmes existentiels de Saitama et tous les détails qui pourraient l'amener à être réellement reconnu en tant que superhéros. Ainsi entre 2 explosions de monstres, Saitama doit faire équipe avec un cyborg disciple, remplir son garde manger et payer les factures, intégrer l'association des superhéros et gérer les relations avec ses pairs et le public. Parce qu'il faut quand même le dire: Saitama est un Japonais moyen, voire un peu plus moyen encore car il peut être très con par moment. Heureusement, en plus de sa force incommensurable, il peut compter sur la présence d'esprit de son disciple.

     

     

    Genos, cyborg, disciple et ange gardien de Saitama

     

    L'autre point fort donc c'est le dessin de Murata qui est juste énorme en comparaison avec la plupart des mangas. Le mec est tellement à fond qu'il se permet de faire  un découpage millimétré à la limite de l'animation:

     

     

    Et des fois il part tellement loin dans son délire qu'il fait la même en couleur:

     

    Non, c'est n'est pas un dessin animé!!

     

    Si quelqu'un a déjà un truc pareil dans un manga ou un comic, qu'il me dise lequel parce perso je vois pas. Bref c'est beau, c'est cool et c'est classe!!

    Devant le succès toujours plus grand de ce manga, une adaptation en anime devrait voir le jour incessamment sous peu. Reste à savoir si elle sera à la hauteur. En attendant, j'invite tout le monde à jeter un oeil au manga très fun disponible uniquement sur le net en France (pas encore édité ici) qui mérite amplement d'être lu.

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    Résumé:

    Il y a quinze ans, Silvano un ancien représentant en vin tout perdu. Il n'est plus que l'ombre de lui-même depuis qu'un braquage qui a mal tourné lui a enlevé sa femme et son fils. Désormais serrurier, il mène sa vie comme un fantôme,  incapable de refaire sa vie. Pourtant sa vie bascule de nouveau le jour où il apprend que Raffaello, le seul braqueur arrêté et condamné à perpétuité, risque d'être libéré.

     

     Massimo Carlotto n'est pas un inconnu dans le monde du polar. En France, il est notamment connu pour avoir écrit de nombreux romans dont Arrivederci Amore (adapté au cinéma par Michele Soavi dans un très bon film). Mais en Italie sa notoriété dépasse le cadre de la littérature policière. En effet il a été au centre une affaire judciaire très médiatisée qui lui a valu de fuir l'Italie à 25 ans, d'être condamné par contumace à 18 ans de prison, repris et incarcéré pour être finalement gracié sous la pression de l'opinion publique. Autant dire que lorsqu'il parle des criminels, des flics et de la prison, il sait de quoi il parle.

     

    Massimo Carlotto

     

    Ce qui frappe d'abord à la lecture de ce roman c'est le style brute de décoffrage mais parfaitement maîtrisé de l'auteur. Ainsi après une introduction à la 3ème personne, tout le reste du roman est une suite de chapitres alternant le point de vue de Silvano ou Raffaello. Ainsi tout l'histoire est racontée à travers l'évolution, aussi physique que mentale des 2 protagonistes.

     

    Au delà de l'intrigue à la fois simple et bien menée, c'est surtout un questionnement sur le châtiment, la peine et l'éventuelle rédemption d'un criminel. Le sujet n'est pas nouveau, Dostoïevski l'avait déjà exploité il y a plus d'un siècle. Pourtant il n'en reste pas moins que le jeu de miroir formé à travers Silvano et Raffaello finit par poser une réflexion sur le pardon et les limites de la justice. Même si le roman est très noir, il n'en demeure pas moins touchant et sans cynisme aucun sur la tragique destinée des personnages qui hantent ce roman.

    Un beau livre.

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