• Lucas "Torpedo" Torelli

     

    Lucas Torelli, alias Torpedo, officie avec son bras droit Rascal en tant que tueur à gages dans les bas-fond du New York de la fin  des années 20 au début des années 40. En pleine prohibition, il sera amené au gré de ses contrats à voyager et rencontrer tout un tas de personnages, mafieux notoires et voyous à la petite semaine, prostituées de haut vol et putains de petite envergure, flics corrompus et dépravés en tous genres, tous plus haut en couleur les uns que les autres.

    Créé en 1982 par l'Espagnol Abuli, Torpedo est d'abord dessiné par Alex Toth. Les premières planches montrent les balbutiements de ce monument de la BD. Les histoires sont dignes de celles de n'importe quel polar hard boiled lambda depuis l'invention de Philip Marlowe avec un héros mutique et désabusé et un dessin plus qu'approximatif pour faire dans l'euphémisme.

    Torpedo version Alex Toth (oui c'est moche)

     

    Heureusement dès le second tome, Alex Toth est remplacé par Jordi Bernet et la série prend assez rapidement le ton et le graphisme qu'on lui connaîtra par la suite. Le ton? Quel ton? Un ton résolument dur pour une série que ne l'est pas moins. Il faut dire que Abuli ne nous épargne pas grand chose en matière de sadisme et de cruauté: meurtre, viol et sexe sont au rendez-vous à chaque album. Ah oui j'ai oublié de le préciser mais il s'agit d'une série pour adulte ET réservée à un public averti. Je l'ai d'ailleurs découverte à l'époque où je séchais le lycée en squattant le rayon "BD érotique" du Boulinier de Saint Michel à Paris. Après avoir avoir feuilleté quelques albums de Manara que je trouvais assez dépourvus d'intérêt une fois que j'avais vu les dessins de filles à poil les plus intéressants, j'étais alors tombé dessus par hasard et je m'étais vite rendu compte qu'il y avait des histoires en plus des scènes de culs assez bien décrites. Pourtant attention ce n'est pas parce qu'il y est décrit des affaires et des actions sordides que la BD est insoutenable, loin de là. Il s'agit simplement d'une œuvre d'un énorme cynisme où l'humour (très noir) côtoie l'horreur et l'immoral!

    Parce qu'il faut bien le dire, Torpedo, même s'il est le héros, est un authentique enfoiré, de ceux qu'on qualifierait de sacré fils de pute. Né en Sicile d'une femme violée par un mafieu local (ça commençait bien) il émigre à New York à 18 ans après avoir fui ses assaillants après une longue histoire de règlements de comptes familiaux décrits au gré de plusieurs histoires tout au long de la BD. Etait-il un psychopathe dès sa plus tendre enfance ou l'est-il devenu par la force des choses? On s'en fiche, il s'agit bien d'un taré ayant peu de scrupules, n'ayant pas peur de grand chose, et prêt à tout pour obtenir ce qu'il désire: de l'argent, sa revanche, le cul d'une femme etc. Cette mauvaise habitude lui  vaudra évidemment quelques problèmes et beaucoup d'inimitiés. Parce qu'il a beau être un Macaroni sappé comme Lucky Luciano, il n'est pas affranchi et donc très loin d'être intouchable. Cependant sa réputation de dur et son intelligence lui permettent de s'en sortir  en général. Je dis bien en général parce que quand on est criminel, tueur à gages (entre autres), violeur, misogyne, raciste, fourbe et rancunier comme pas deux, il n'y a pas de raison de garder la peau douce comme 007 à la fin de chaque histoire. Heureusement pour lui, son intelligence, sa chance et son bras droit Rascal (l'équivalent Bernardo dans Zorro, sauf qu'il parle et qu'il est plus con) lui évitent de trop lours dégats.

    Rascal, le faire-valoir con de Torpedo

     

    Côté histoire justement il y a de tout: la plupart sont indépendantes mais il y a un certain fil conducteur tout au long de son évolution. Certaines sont de quelques pages quand d'autres occupent tout un tome comme c'est le cas de ceux-ci par exemple:

     

    Le gros point fort des histoires en plus du fait qu'elles sont parfaitement ciselées, c'est l'humour très noir je le répète mais totalement décapant. Du coup obligé de se taper de sacrées barres de rires lors de certaines séquences pourtant malsaines dans un autre contexte. D'autant plus que Torpedo est un gros blédard, ce qui donne des jeux de mots assez improbables (je ne sais pas comment ils ont fait pour la traducton mais ils s'en sort sacrément bien tirés)

    Comme on peut le voir Jordi Bernet est un excellent dessinateur. En tout cas j'adore son style qui est totalement adapté à cet univers mafieu du temps de la prohibition. Et surtout, il dessine les femmes comme personne dans le monde de la BD. Torpedo a beau être irrévérencieux au possible, Bernet aime les femmes et leur crie son amour dans chaque dessin, révélant des beautés aux courbes plantureuses toutes plus affolantes les unes que les autres. On sent l'impact qu'ont du avoir les pulp et les films noirs sur sa carrière. A côté d'elles, la vamp de Tex Avery est aussi bandante qu'Evelyne Dhéliat. C'est pas qu'elle est moche Evelyne mais on peut faire plus sexy quoi.

    Je me suis souvent demandé qui pourrait interpréter ce personnage si la BD était adaptée en film et il n'y a que deux noms qui me viennent à l'esprit: Alain Delon pour son côté froid et mafieu (Borsalino) et Vincent Cassel pour son nez et son côté hargneux. D'ailleurs côté "nez" vu comme il est crochu, et vu comme ses yeux sont perçants, ça ne m'étonnerait pas que Lee Van Cleef ait été une des inspirations du graphisme de Bernet.

    Bref, pour résumer c'est une BD que j'adore (ma préférée en fait) et qui procure toujours autant de plaisir à être lue même si elle ne plaira pas aux femmes. Enfin on s'en fout un peu en même temps. C'est juste un peu dommage que  la série s'essouffle un peu dans les deux derniers tomes. Malgré tout on sent que les auteurs ont pris du plaisir à créer cette oeuvre extrêmement bien dessinée et très documentée.

    A consommer sans modération pour tout fan de polar cynique.

    Partager via Gmail Delicious Technorati Yahoo! Blogmarks Pin It

    votre commentaire
  • Lune Sanglante, de James Ellroy

    Oui c'est bien James Wood

     

    Résumé selon Wikipedia :

    Un jeune homme, auteur de poèmes, est amoureux de l'artiste en herbe de son lycée, Kathy. Deux de ses camarades se font passer pour la jeune femme et le piègent. Ils le violent. Vingt ans plus tard, le poète est devenu un photographe. Il est aussi devenu un tueur obsessionnel. Il repère des jeunes femmes seules, pénètre leur intimité et les assassine en faisant passer leurs morts pour un suicide...

    Personne ne semble pouvoir stopper ce tueur compulsif, sauf Lloyd Hopkins. Surnommé par ses collègues Lloyd le dingue, Hopkins est doté d'une intelligence remarquable et d'une intuition à la limite du surnaturel. Il est obsédé par le crime, le sexe et la nuit. Marié et père de trois fillettes, il accumule les aventures avec les femmes qui croisent sa route... Il tombe un jour par hasard sur un des meurtres du poète, mais là où les autres ne voient qu'un suicide, il devine la piste d'une démence plus grave.

     

    Ce bouquin est d'ailleurs le premier Ellroy adapté au ciné (sous le titre de Cop). Je n'ai pas vu donc je n'en parlerai pas mais c'est plutôt sur le roman que je vais m'attarder.

    Alors voilà je ne suis pas un super grand fan de polar, enfin j'aime bien mais pas à grosse dose. Par contre je suis fan d'Ellroy. Ayant lu et adoré le Quatuor de L.A, je me suis laissé tenter par une de ses oeuvres de jeunesse, trouvée d'occase en bas de chez moi, pour savoir si l'animal avait déjà la griffe qui le caractérise (persos torturés, intrigue dense et tortueuse).

     

    Honnêtement, hormis le chapitre d'introduction qui fait froid dans le dos, la première partie du bouquin m'a un peu gonflé en fait. Ellroy  fait le boulot, propre, mais c'est du commun avec son héros intelligent même si lui aussi est confronté à ses propres démons. Ensuite au fur et à mesure, et bien qu'il renvoie très souvent au très intéressant Au delà du Mal, via la psychologie du tueur, l'horreur de ses meurtres, son intelligence et ses stratagèmes, le bouquin arrive à se démarquer à travers la complexité et protagonistes là où Shane Stevens faisait la part belle à son tueur magnifié. Plus le roman avance et plus on s'enfonce dans le glauque et le sordide jusqu'à un final assez éprouvant finalement.

    En bref ce n'est pas le meilleur Ellroy évidemment mais il n'en reste pas moins un très bon polar bien au dessus de la moyenne.

    Partager via Gmail Delicious Technorati Yahoo! Blogmarks Pin It

    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique