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     C'est dur de voir les idoles de son adolescence tomber les unes après les autres. Certes on parle beaucoup de 2Pac, Biggie et Eazy E mais nombreux sont les soldats à être tombés pour X raisons. De Proof à Freaky Tah, de Guru à Pimp C,  la liste est longue. Après honnêtement c'est pas le genre de truc qui m'interpelle forcément. Hormis des mecs que j'adorais comme Big L, Guru et Sean Price, ça m'a rarement fait quelque chose. Quand on est de ma génération surtout on est en général plus réceptif à un Big Pun qu'à un Stack Bundles par exemple. Jay Dilla est devenu une espèce de légende à Detroit mais en ce qui me concerne sa mort ne m'a fait ni chaud ni froid. Par contre un mec comme Pee...

     

     

    Le Queens, et plus précisément Queensbridge (la cité du Queens aux 96 bâtiments), a toujours eu une place à part dans l'histoire du rap. Si le rap est né dans le Bronx il y a longtemps eu une rivalité avec le Queens au niveau de la légitimité. De fait il y a toujours eu un vivier de talents là bas, principalement depuis au moins la fin des 80's avec Marley Marl et l'émergence de son Juice Crew (qui comprenait entre autres: MC Shan, Roxane Shante, Biz Markie et même...  le jeuneTragedy). On va pas reparler d'un des beefs les plus emblématiques de l'histoire du hip hop avec KRS One mais voilà il y a toujours eu une écurie et une identité estampillée Queensbridge. Par la suite, au début des 90's, même si le Juice a progressivement perdu son essor, d'autres ont pris la relève. Nas tout d'abord, puis Mobb Deep, Big Noyd, Infamous Mobb, Capone de Capone-N-Noreaga (produits par Tragedy d'ailleurs), Cormega, Nature etc.  

     

     

    Pour tout amateur de rap cainri de l'époque un groupe comme Mobb Deep est plus ou moins équivalent au Wu Tang au niveau de l'impact qu'il a eu sur le rap en général. Si aujourd'hui le grand public ne connait pas forcément ce groupe, il faut savoir qu'il est en termes d'influence un des groupes les plus importants de l'histoire du rap. Ouais, rien que ça. D'ailleurs la chanson Shook ones (part 2) est une des plus citées du rap:

     

     

     

     

    Le rap français déjà, lui doit un lourd tribut tant sur la forme que sur le fond. C'est bien simple: sans Mobb Deep, il n'y aurait pas eu de Lunatic (dans la forme qu'on l'a connu), il n'y aurait pas eu non plus de Si Dieu Veut, et dans une moindre mesure d'Ecole du d'Argent. Musicalement à travers les prods de Havoc il ont marqué le rap avec une identité qu'on appellera ensuite le son de Queensbridge (ou QB pour les intimes).

     

     

     

    Le fameux "piano-violon", les instrus sombres qui ont fait leur renommée (en particulier sur l'album Hell on Earth et Murda Musik où ils samplent  sans vergogne Scarface à deux reprises ou encore King of New York) ont tellement traumatisé les rappeurs français que tous les rappeurs estampillés "rue" s'y sont retrouvés et ont fini par tous vouloir ce genre de son. De Lunatic à LIM, de Seth Gueko à Tandem, en passant par Sefyu, Salif et un millier d'autres ont fini par adopter leur style de Mobb Deep. On aime ou on aime pas mais leur influence est indéniable. Dans la forme mais aussi dans le fond car les chansons de Mobb Deep ne seraient pas ce qu'elles sont sans les couplets de Prodigy: sa nonchalance, son écriture crue et imagée qui dépeint sans complaisance les bas-fonds du Queens.  

     

     

     

    Personnellement je me souviens encore comment j'ai découvert Mobb Deep. C'était en 96, j'étais au Virgin des Champs Elysées (RIP à ce magasin), j'étais tombé sur une compile, BO d'un film  qui ne m'avait pas laissé un grand souvenir excepté ce morceau: 

     

     

    Par la suite un pote (mon pote du Chuchoteur lol) m'avait prêté une cassette où figurait le son Temperature's Rising. Quand j'ai vu qu'il s'agissait du même groupe j'ai acheté l'album direct et c'est devenu un de mes groupes de prédilection. 

     

    Je ne reviendrai pas sur la bio du groupe ou même de Prodigy mais si je l'ai toujours kiffé c'est aussi pour ses sorties toujours marquantes. Un peu comme Joe Budden ou 50 (chez qui le groupe était signé un moment), Prodigy s'est souvent illustré par sa grande gueule et ses embrouilles assez marquantes. De 2Pac (qui les insultera sur I Shot Ya suite à leur participation au fameux who Shot Ya de Biggie), à Keith Murray (qui lui a mis une droite suite aux propos peu élogieux de Prodigy envers les textes enfumés de Redman),en passant par Jay Z (qui l'avait bien affiché d'ailleurs) Saigon (embarqué malgré lui dans une histoire impliquant son ami le rappeur-voyou latino Tru Life, lequel vient d'ailleurs de sortir de huit ans de prison pour tentative de meurtre) ou encore Crooked I (que Pee avait considéré comme le pire rappeur en activité ha ha! C'est méchant ça), le mec avait le don de se faire des amis. Sa grande gueule de fouteur de merde  l'a même amené à se brouiller avec son binôme de toujours et même avec pratiquement tout l'entourage du groupe (2 des 3 membres d'Infamous Mobb, un groupe très proche). Il faut dire que sortir un livre où il accuse carrément un rappeur de Queensbridge (Capone de Capone-n-Noreaga pour ne pas le citer) d'avoir été une balance n'a pas trop joué en sa faveur. Ses sorties n'ont pas vraiment plu au point de ne plus avoir été en odeur de sainteté de son quartier d'adoption. En même temps le groupe ne partait pas vraiment du bon pied. Pour la petite histoire pour leurs pseudo, les deux gaillards ont trouvé l'inspiration à l'autre bout du pays. En effet, le South Central Cartel, un groupe de L.A South Central donc comprenait déjà un Havoc et un Prodeje. Apparemment les mecs l'ont assez mal pris. Normal en même temps, surtout quand on voit qui on retient aujourd'hui.

     

    D'ailleurs en écrivant ce billet j'ai réalisé que peu avant sa mort, il avait enterré la hache de guerre avec la plupart des gus précités comme Tru Life ou Keith Murray. Le temps fait parfois bien les choses.

     

     

    Prodigy c'était ça: un personnage assez barré, parfois à la limite de la caricature mais paradoxalement très touchant et plus subtil qu'il n'y parait. Un mec qui jouait les mafieux dans une chanson et parlait de sa drépanocytose qu'il trainait depuis toujours au point de le rendre accroc à la morphine comme dans cette chanson

     

     

     

     

     

     J'ai eu la chance de voir Mobb Deep en concert au Trianon il y a un peu plus de 3 ansje crois, et malgré le fait que le show avait été un peu décevant, cela faisait quand même quelque chose de les voir sur scène. Havoc et Prodigy avaient fait le taff et une partie de la scène rap français de l'époque avait fait le déplacement. C'était cool.

     

    Ces derniers temps il avait beau être tombé dans un oubli relatif, sorti des projets à l'accueil plutôt confidentiel, il n'en reste pas moins que l'annonce de sa mort a fait pas mal de bruit. C'est pas tous les jours que le Monde ou Télérama parle du décès d'un rappeur américain. Enfin si on en a parlé dans les média c'est pas pour rien.

     

    Avec sa mort, le rap perd une grosse personnalité du hip hop et la moitié d'un groupe emblématique du son des années 90. On a vu les hommages se multiplier sur le Net mais bon dans 90% dans cas ça reste de la com foireuse. Enfin il y a quand même une reconnaissance qui fait plaisir à voir. D'ailleurs au niveau des hommages il y a celui-là qui est assez énorme:

     

     

    Pour les non anglophones les mecs font leur émission traffic en reprenant des titres ou des paroles classiques de Prodigy. Non mais t'imagines Evelyne Dheliat faire la même choses avec Booba? Y a qu'aux States qu'on peut voir ça.

     

    Putain ça fait une semaine que je me refais ses gros classiques, et je me rends compte à quel point j'ai pu écouter Mobb Deep depuis mon adolescence. Dans le genre ça fait vraiment chier.

    L'artiste meurt mais au moins son œuvre lui survit

     

    RIP Prodigy

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    "T'as écouté le dernier Kendrick Lamar?" Bah non je m'en bats les couilles en fait.

     

     

    Bon c'est pas vrai. Je l'aime bien Kendrick, j'en ai même parlé ici. Simplement ça me soule un peu ce buzz exagéré autour de son nouvel album (même c'est tant mieux pour lui). Et à l'heure où tout le monde se paluche sur K Dot, Freddie Gibbs sort un nouvel album dans la quasi indifférence générale, en tout cas or du monde du rap.

     

    Petit rappel: Freddie Gibbs, de son vrai nom Frederic XXX, est originaire de Gary dans l'Indiana. Après un premier album solo, il fait parler de lui avec Pinata, un album commun avec le célèbre producteur angeleno (de L.A quoi) Madlib. L'album est un succès critique et public. Il sort par la suite un troisième opus appelé Shadow of a Doubt également bien accueilli par la critique. Il vient de sortir un nouvel effort intitulé You Only Live 2wice (ouais, comme James Bond).

     

     

    J'ai découvert Freddie Gibbs il y a quelques années, avec un son qui passait sur O Five. Et j'étais d'ailleurs pas très fan. En revanche, j'avais bien kiffé Pinata avec lequel il avait surpris son monde. En effet, son délire gangsta rap conçu un peu comme un film, et ses sonorités soulful allait assez à contre courant des tendances de l'époque. L'album issu d'une réunion un peu improbable en ce qui concerne (Madlib c'est un peu la scène alternative de L.A, pas vraiment le même délire de Freddie Gibbs) était assez énorme avec une qualité et une homogénéité indiscutables.

     

     

    Ce son par exemple (enfin le deuxième):

     

     

    Qu'est-ce que j'ai pu le saigner.

     

    Ensuite il a sorti Shadow of a Doubt que j'ai étrangement pas calculé (comme d'hab en fait). Heureusement avec la sortie de son nouvel album j'ai corrigé ça.

    En fait en écoutant les deux il y a une étonnante continuité. Les deux sont très bons, Shadow of a Doubt contient de purs sons comme ces deux-là:

     

     

     

     

     On ressent néanmoins dans You Only Live 2wice une amertume certaine de ses "récentes"galères. En effet il a été sous le coup de deux affaires viols pour lesquelles il a été blanchi. Apparemment une ou deux meufs je sais plus auraient tenté de lui extorquer de l'oseille en portant plainte contre lui. Comme souvent dans ce genre d'affaire on n'aura jamais toute la lumière sur cette histoire mais il a finalement bénéficié d'un non lieu. En attendant il a passé un mois derrière les barreaux et a dû claquer un bon paquet d'oseille chez son avocat.
    Du coup on ressent le mec désabusé et l'ombre de son affaire plane tout le long de l'album. Il y fait allusion tout au long des huit tracks qui composent ce court album, et précisément dans le titre phare où il raconte sa mésaventure:

     

     

     

     

     

    Le seul reproche que je pourrais faire est sa durée (31mn), mais bon quitte à choisir je préfère un album court mais proprre à un album de deux heures rempli de déchets.

     

    Dans tous les cas, Freddie Gibbs est un rappeur que je kiffe bien. Vu qu'il passe bientôt à la Bellevilloise je vais essayer d'aller le voir s'il y a encore des places.

     

     

     

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