• Orages d'Acier

    Enfin un livre qu'on serait pas étonné de trouver là au cas où on viendrait par hasard. Bah oui "Champ de Mines", "l'Art de la Guerre", "Orage d'Acier" ça reste dans le ton.

     

     

     

     

     

    Je ne sais même pas si on peut appeler ça un roman à proprement parler, sachant que livre se résume à une suite de descriptions et et un nombre ultra limité de dialogue. On pourrait plus apparenter ça à des mémoires de guerre.

     

    Personnage controversé s'il en est, à la fois véritable héros de guerre (amplement justifié à la lecture du bouquin en tout cas) et sympathisant nazi, Ernst Junger reste un personnage complexe et fascinant.

    Nazi swag

     

    Je ne vais pas m'attarder sur la bio de ce personnage ni sur les les diverses polémiques qu'il a suscitées au cours de sa vie (militantisme militaire, affiliation au parti nazi, pacifisme, francophilie) car ce n'est pas l'objet de cet article. Il y en a d'autres qui sont sûrement très bien faits à ce sujet.

    La lecture de ce bouquin est assez éprouvante, tant par le style clinique, froid et quasi sans dialogue (il s'agit d'un ensemble de notes prises durant la guerre), que par l'absence totale de dramaturgie. Il n'y a pas d'enjeu ici hormis de remplir sa mission et dans un deuxième temps de survivre. Ayant lu A l'Ouest, Rien de Nouveau il y a peu de temps, j'avoue avoir été quelque peu décontenancé par ce récit assez abrupte donc où le jeune Ernst Junger atterrit sous le feu des combats, se fait blesser, revient, se refait blesser,monte en grade,  re-revient, se re-refait blesser...

    A la lecture du livre on peut se demander comment un mec, presque tout le temps en première ligne du front a pu revenir vivant d'un enfer pareil. La grande force d'Orages d'Acier, c'est ce profond sentiment d'immersion au milieu des tranchées et de l'horreur ordinaire de la première guerre mondiale. Les cadavres s'empilent à une vitesse affolante, en général atrocement mutilés, les balles fusent, les obus pleuvent, les camarades tombent comme des feuilles, mais qu'importe! Le principal est d'avancer coûte que coûte.

     

    Pourtant et c'est un détail qui m'a un peu étonné, il y a finalement très peu de description de la promiscuité endurée dans les tranchées,  hormis quelques rares passages où il évoque brièvement les gros rats, les poux et l'immense boue à laquelle la tranchée est parfois (souvent) réduite. De fait, on est donc loin de l'image des Poilus à la Française, ce n'est pas ce qui importe à Ernst Junger et c'est normal. Quand on est en première ligne du front, que la plupart de ses camarades tombent comme des mouches et que le seul abri vaguement fiable soit le trou creusé par un obus, je pense qu'on a vite fait d'oublier la saleté ambiante. Par contre contrairement aux romans de guerre habituels, l'auteur fait tout de même la part belle aux descriptions "pratiques". Ainsi on découvre l'arrière ligne et les conditions de ravitaillement des vivres et des armes, le rythme des militaires, la relation avec les camarades, les supérieurs, les subordonnés ainsi que la cohabitation avec les habitants de villes et villages occupés. J'y ai même appris l'existence des cyclistes et des coureurs de combat sur le champ de bataille.

     

    Il y a un regard à la fois "martial" et très chevaleresque sur la guerre. J'entends par là qu'Ernst Junger ne s'émeut qu'assez rarement du sort réservé à la plupart des soldats comme s'il était tout à fait naturel qu'ils ne soient là que pour remplir leur devoir (autrement dit servir de chair à canon). Pourtant d'un autre côté il n'y a jamais aucune antipathie que ce soit à l'égard de ses ennemis. Il les combat parce qu'ils sont dans l'autre camp  et rien d'autre. Il fait d'ailleurs assez souvent mention de la bravoure de ces derniers que de ses pairs, aussi on peut ressentir le respect qu'il éprouve vis à vis de certains Anglais, Français, de la plupart des Ecossais, voire des Indiens. D'ailleurs, et c'est assez curieux mais important de le remarquer, bien qu'il ait mené campagne en Alsace, dans le Nord, en Picardie et en Belgique, il a principalement fait face à des Anglais (ou colonies).

    En bref, c'est un très beau roman (parce que ça en reste un), et plus encore, un témoignage très instructif, très immersif et donc très intense sur les quatre plus violentes années d'un engagé volontaire qui au terme de son parcours aura frôlé la mort des dizaines et des dizaines de fois, été blessé sérieusement une quinzaine de fois, et reçu la plus haute distinction militaire.

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