• Parle avec Elle

    J'ai déjà dit dans mon article sur Dear White People tout le bien que je pensais d'Almodovar (qui d'ailleurs n'entretient aucun rapport avec le film précité pour le coup). Je matais les films dispo et je me suis rendu compte en tombant sur celui-ci que je ne l'avais jamais vu.

     

     

     

    Le résumé (pris sur Allociné):

     

    Benigno, un jeune infirmier, et Marco, un écrivain d'une quarantaine d'années, se rendent, chacun de son côté, à un spectacle de Pina Bausch, Café Müller. Ils sont assis l'un à côté de l'autre. La pièce est si émouvante que Marco éclate en sanglots. Apercevant les larmes de son voisin, Benigno aimerait lui faire part de son émotion, mais il n'ose pas.
    Quelques mois plus tard, les deux hommes se retrouvent dans d'autres circonstances, à la clinique El Bosque, où travaille Benigno. Lydia, la petite amie de Marco, torero professionnel, est plongée dans un profond coma suite à un accident survenu lors d'une corrida. Benigno, quant à lui, est au chevet d'Alicia, une jeune danseuse également dans le coma.
    Lorsque Marco passe à côté de la chambre d'Alicia, Benigno, sans hésiter, s'approche de lui. C'est le début d'une grande amitié quelque peu mouvementée.

     

     

    Comme j'ai dit j'aime beaucoup Almodovar. Déjà parce qu'il fait des grands films, mais aussi et beaucoup ne le savent pas, parce qu'il est très impliqué dans le développement du cinéma espagnol (et latin en général). Il a par exemple produit Action Mutante, lepremier film d'Alex De La Iglesia (qui réalisera ensuite pleins de films totalement barrés, mais aussi un docu sur Léo Messi), mais aussi L'Echine Du Diable, le premier film également de Guillermo Del Toro (Hell Boy, Le Labyrinthe de Pan, Pacific Rim etc.). Il me semblait qu'il avait aussi participé à la prodution de Tesis (premier film d'Alejandro Amenabar, qui réalisera les Autres avec Nicole Kidman) mais je n'ai pas trouvé d'info sur le Net. Enfin, dernièrement il a encore produit un film qui a fait parler de lui (Les Nouveaux Sauvages de Damian Szifron). On dirait pas comme ça hein? C'est pas Besson qui ferait ça, hein? C'est la différence entre un mec qui aime le cinéma et un mec qui aime certains films.

     

    Almodovar avec l'oscar du meilleur film étranger pour Tout Sur Ma Mère

     

    Réalisateur ouvertement homosexuel (enfin il me semble), il n'en oublie pas contrairement à certains de ses collègues de raconter des histoires et de faire du cinéma (et pas de faire une psychothérapie sur "pourquoi je suis devenu gay"). Ses films qu'on les aime ou non, sont singuliers et sont toujours des déclarations d'amour au septième art. Parfois perturbants ou déroutants, ils n'en sont pas moins réussis. Touchant à la comédie (Attache-moi qui m'a fait aimer Victoria Abril), au drame, voire au thriller ses films sont toujours une espèce d'hommage au cinéma qu'il aime. Almodovar prend un malin plaisir à toujours déstabiliser le spectateur tant certains de ses films jonglent avec les genres, allant parfois du drame au thriller hitchcockien passant par le mélo avec un équilibre toujours délicat mais réussi. La quête d'identité (sexuelle ou non) est un thème récurrent chez lui. Très souvent il amène le spectateur à travers le personnage principal à suivre une enquête a priori anodine (la recherche d'un père dans Volver, d'une mère dans Tout Sur Ma Mère etc.) mais qui fera ressortir des cadavres de placards bien enfouis ( la pédophilie d'un prêtre dans La Mauvaise Education).

    Ce qu'il y a d'intéressant aussi chez lui c'est une certaine "vulgarité", je veux dire qu'il se permet de montrer des trucs généralement suggérés et qui peuvent mettre mal à l'aise (le regard lubrique d'un homme sur la fille qu'il a élevée et qui est devenue ado dans Volver, l'héroïne qui s'essuie aux toilettes dans Attache-Moi, une visite archi glauque du coin à putes de Madrid dans Tout Sur Ma Mère, un travesti qui se prépare les fesses avec ses doigts avant de... dans La Mauvaise Education)  mais cette vulgarité est rarement gratuite, et en général la suite des événements justifient ce procédé qui peut paraitre putassier au départ.

    Ici c'est une double histoire d'amours aussi touchantes que malsaines qui sont introduites par ce genre de procédé un peu déstabilisant.

     Je vais pas mentir, y a certains de ses films que je ne conseillerais pas à tout le monde. Faut quand même avoir une petite ouverture d'esprit (ne pas être homophobe) pour apprécier une partie de ses films. Je n'inviterais pas la plupart de mes potes à mater La Mauvaise Education que pourtant j'ai trouvé génial parce qu'ils n'y verraient qu'une histoire de trav et de pédo, et finiraient par me regarder bizarrement en me disant que je mate des films chelous. C'est un peu dommage car réducteur et le film va bien plus loin que ça. Heureusement (ou pas en fait, je m'en fous) tous ses films ne parlent pas de sexualité "autre", et certains restent hautement recommandables pour le grand public. Volver en fait partie, et Parle Avec Elle aussi.
    Plus porté sur le mélodrame que ses autres oeuvres, ce film suit les amours contrariées de deux hommes pour deux femmes dans le coma, et Almodovar en profite pour s'amuser avec les codes du genre, avec des flashback, des flashback dans les flashbacks, des mises en abyme etc.

     

    Marco (Dario Grandinetti) et Lydia (Rosario Flores), victimes d'un amour malheureux

     

    Mais ce qui est très fort dans ce film, en plus de l'excellente mise en scène, ce sont les personnages. D'ailleurs en regardant bien, on peut voir qu'Almodovar en a profité discrètement pour jouer avec la symétrie des deux hommes tout au long de l'histoire et dans les détails. En effet son héros viril Marco tombe amoureux d'une femme qui bien que jolie est assez masculine dans son métier jusque dans les traits de son visage. A l'inverse Benigno le délicat infirmier s'éprend d'une danseuse dont le corps et le visage représentent un peu la féminité à l'état pur.

     

    Petite sortie entre couples

     

    Mais personnellement si tous les personnages sont très forts et très bien décrits, celui de Benigno est particulier. A la fois touchant et un peu malsain, on ne sait jamais sur quel pied danser avec lui. Est-il un homo refoulé, un amoureux transi, un pervers nécrophile ou juste un homme seul? Il y a quelque chose avec lui de très triste et perturbant en même temps.

     

    Benigno (Javier Camara), un infirmier plus que dévoué à sa patiente (Leonor Watling)

     

     

    Porté par des acteurs excellents, emprunt d'une mélancolie qui plane tout le long du film, Parle Avec Elle est une oeuvre, triste, poignante, émouvante sur le deuil et la rupture amoureuse.  Et, sans trop raconter ma vie, je traverse actuellement une période un peu difficile et voir ce film a un écho assez étrange sur moi.

    Et puis il y a cette fabuleuse musique, avec entre autres ce magnifique morceau, un standard interprété ici par Caetano Veloso:

     

     

    Bref ce film c'est une histoire d'amitié autour de deux histoires d'amours tragiquement symétriques. C'est une histoire à la fois improbable et en même temps tellement simple. Une belle histoire, un très beau film.

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