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1974

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Résumé de l’éditeur :

 

 

 

Après Jeanette Garland et Susan Ridyard, la jeune Clare Kemplay vient de disparaître sur le chemin de l’école. Son cadavre sera bientôt retrouvé dans une tranchée sur un chantier.

 

Nous sommes en 1974, dans la région de Leeds. Noël approche. Edward Dunford, reporter à l’Evening Post, est encore un néophyte qui fait ses premières armes dans l’ombre du journaliste vedette de la rédaction, Jack Whitehead. Au volant de la vieille voiture de son père, il sillonne les routes de l’Ouest du Yorkshire à la recherche d’indices susceptibles d’éclairer les meurtres de ces trois fillettes. Au début, il croit seulement chasser le scoop, mais plus il enquête, plus il découvre que bien des choses sont pourries au royaume du Yorkshire : policiers corrompus, entrepreneurs véreux, élus complices…

 

 

 

 

 

C’est marrant mais à la lecture du roman y a un truc qui m’a interpelé dans les première pages, c’est la mise en page. Vu que j’écris depuis un bout de temps maintenant (sans avoir jamais publié quoi que soit nonobstant), j’ai toujours lu que les tirets cadratins (les longs) étaient privilégiés pour les dialogues. Ca m’a donc étonné de voir les dialogues organisés avec de vulgaires tirets. Je ne sais pas si c’est une fantaisie de l’éditeur ou quoi mais ça m’a fait tiquer. Surtout qu’après avoir vérifié dans quelques romans de cette collection chez moi, ce sont toujours des tirets cadratins qui sont utilisés.

 

 

En vrai on s'en branle, c'est un détail de pas grand chose mais je voulais en parler. Un petit mot de l'auteur pour commencer:

David Peace est un écrivain britannique né en 1967 dans le Yorkshire. Il est durablement marqué dans son enfance par l'affaire de l'éventreur du Yorkshire. Après avoir effectué des études d'enseignement technique, il part enseigner l'anglais en Turquie, puis à Tokyo. Parallèlement à ses activités d'enseignant, il entreprend une carrière d'écrivain. Son premier roman, 1974 finit par être édité après avoir été refusé par de nombreux éditeurs. Le roman est bien accueilli par la critique et permet à David Peace de publier plusieurs autres romans parmi lesquels 1977, 1981 et 1983 qui constitueront sa tétralogie appelée Quatuor du Yorkshire. Il vit toujours à Tokyo où il s'est marié.

 

 

 David Peace

 

 

 

Le mec a une tête que je trouve assez fascinante. Selon les photos et les styles/coupes, il me fait penser soit à un écrivain (lorsqu'il est dégarni), soit à un gay façon Stanford dans Sex and the City, soit à un tueur en série ou un prédateur sexuel, soit à un skinhead (tout rasé sans lunettes) ou alors à un intellectuel de gauche (avec la barbe). Bref il a un physique que je trouve assez singulier.

 

Pour en revenir au bouquin, impossible de ne pas penser à James Ellroy en lisant 1974 : intrique tortueuse avec une multitude de personnages (mieux vaut le lire assez vite sous peine de s’y perdre), antihéros aussi détestable que touchant dans son humanité, noirceur et corruption de l’âme qui s’étend dans toutes les sphères de la société…  Même le style quasi télégraphique du roman n’est pas sans rappeler White Jazz, d’autant que 1974 est le premier volet d’une tétralogie, le Quatuor du Yorkshire (Red Riding Quartet en V.O), une tétralogie qui pourrait être vue comme le pendant britannique du fameux Quatuor de Los Angeles (la tétralogie de Ellroy conclue par White Jazz justement).

 

Pour autant, résumer 1974 à du Ellroy anglais serait réducteur. Ici on n’est loin du soleil brûlant de Los Angeles, du Hollywood à la fois clinquant et glauque des années 40 ou 50 rempli de actrices à moitié putes, de mafieux, d’immigrés mexicains, de flics corrompus, de proxo noirs, et de tueurs en série. Ici c’est plutôt l’Angleterre tatchérienne en proie à une récession et des conflits sociaux sans précédent. Pire encore, c’est le nord de l’Angleterre, Liverpool, Leeds, Manchester, bassin ouvrier et fortement désoeuvré, une région pauvre et moche, remplie de maisons en briques rouges, d’ouvriers, de policiers corrompus et ultraviolents, de politiques véreux, d’hommes sans foi ni loi, et de petites filles qui disparaissent dans l’impunité la plus totale. En gros pour l’ambiance on est plus proche du film The Offence c’est encore plus glauque. Surtout que là où on peut en général voir une sorte d’espoir dans les bouquins d’Ellroy, celui-ci s’enfonce toujours plus dans la noirceur absolue. Déjà que le héros est relativement antipathique, ce dernier plonge toujours plus loin et plus bas dans la déchéance.

 

Pour faire simple ça fait très longtemps que j’ai pas lu un livre aussi sombre (j’ai pourtant lu Orange Mécanique y a pas si longtemps). Apparemment selon Wikipedia, Peace a aussi été influencé par Robin Cook. Je veux bien les croire, j’ai lu un seul bouquin de lui quand j’avais vingt ans qui s’appelle Il est mort les yeux ouverts, et le truc était sacrément noir, enfin plus que ce à quoi je m’attendais en lisant un polar avec un détective privé. Enfin bref, tout ça pour dire que c’est pas trop le genre de bouquin à lire si on veut être de bonne humeur.

 

Après on n’est pas chez Cormack McCarthy non plus hein. Mais ça reste un roman assez malaisant, ne serait-ce par le détachement et les descriptions à la fois crues et cliniques racontées par le héros. Je vais pas "spoiler" mais t'as certains passages assez gratinés (dont une scène de baise "bestiale" et une scène de torture) qui sont décrites de manière tellement neutre et détachée que ça crée un décalage assez fort.

Et c’est comme ça tout le long du bouquin. En clair rien ou presque n’est épargné au lecteur, ni au héros qui se transforme au fur et à mesure de l’histoire en loque humaine. Vu que le roman est très prenant et très rythmé, on assiste tambour battants comme on dit à la (l'en)quête effrénée d'Edward Dunford pour trouver la vérité et tout aussi vite à sa descente aux enfers.

Bon tout n'est pas parfait non plus. J'ai un peu été décontenancé par la conclusion assez brutale. Je sais pas, j'ai trouvé la fin un peu moins aboutie que le reste, ou alors c'est parce que je suis passé à côté de quelque chose. Malgré tout, ça ne m'empêche pas d'avoir bien kiffé le bouquin.

 

Bref, pour résumer et conclure 1974 est une bonne découverte, un roman policier bien sombre et glauque, ultra nerveux et très prenant. Très bien écrit et à la fois doté d'une enquête tortueuse et de personnages hauts en couleurs, il offre aussi un contexte suffisamment riche et original pour se distinguer de la plupart des polars.

 

 

 Je pense que je lirai les autres si j'arrive à trouver le temps.

 

Allez next.

 

A noter que sa fameuse tétralogie a été adapté à la télé sous la forme d'une anthologie appelée Red Riding, avec entre autres Sean Bean, Paddy Considine, Rebecca Hall, Andrew Garfield, Eddie Marsan... Bref, que du beau monde. A voir ce que ça vaut.

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