• Méridien de Sang

     

    Depuis le temps que je voulais le lire celui-là:

     

     

     

     

    Résumé:

     

    Dans les années 1850, un gamin de quatorze ans part au Texas rejoindre une bande de chasseurs payés pour exterminer les Indiens. Au milieu du désert, la loi n’existe plus. À ce jeu de massacre, seuls survivent ceux qui parviennent à éveiller la plus profonde et la plus intime sauvagerie... Avec cet anti-western basé sur des faits réels, l’auteur nous livre l’un de ses plus grands romans: noir, lyrique et violent.

     

     

     

    Putain, ce livre...

    Cela doit faire environ 6 ans que je voulais le lire. A l'époque où je lisais La Route j''avais rencontré un collègue inconditionnel qui avait lu tous les romans de Cormac McCarthy et m'avait vanté celui-ci avec ferveur. Du coup il m'avait intrigué, mais bon ma liste est longue et le temps a suivi son cours..

    Cormac McCarthy, l'auteur donc, est loin d'être un inconnu. En plus d'être considéré comme un des plus grands auteurs américains contemporains, le grand public le connait directement ou indirectement via les films comme La Route et surtout No Country For Old Men qui sont adaptés de ses romans (il y a aussi De Si Jolis Chevaux et Child of God). On va passer sur sa bio, simplement rappeler encore une fois qu'il a obtenu le prestigieux prix Pullitzer en 2006 pour La Route roman que j'avais personnellement adoré.

     

     

    Cormac McCarthy

     

     

     

    Je ne pense pas qu'on puisse faire un meilleur résumé du roman que le résumé de l'édition actuelle (celui que j'ai mis) tant le roman ne ressemble à rien d'autre que j'ai vu ou lu sur l'ouest américain. Partant d'un authentique fait divers (le massacre de Yuma perpétré par le gang Glanton), et de la vie de plusieurs personnalités de l'époque, Cormac McCarthy a alors développé une histoire qui entretient finalement peu de liens avec le far-west tel qu'on l'imagine en général. C'est que quand on a grandi avec les Western de John Wayne et les BD de Lucky Luke, on a du mal à imaginer la violence et la sauvagerie qui ont dû accompagner les conflits de l'époque.

     

     

    D'ailleurs, même au-delà de la violence, à voir la couverture actuelle (et que j'ai postée en haut), on pourrait croire à un banal western alors qu'il n'en est rien. Mais alors vraiment rien. Et personnellement je trouve qu'une la couv américaine ci-dessous est bien plus proche de la note d'intention de l'auteur.

     

     

     

     

     

    En effet il y a un côté un peu apocalyptique qui à la vue de cette image m'a rappelé Apocalypse Now, avec le Gamin dans le rôle du capitaine Willard (Martin sheen) et le Juge dans celui du colonel Kurtz (Marlon Brando). Je ne sais pas si je suis clair où s'il faut vraiment avoir lu le bouquin pour comprendre mais j'ai trouvé un parallèle pas vraiment injustifié.

     

     Enfin bref,

     

    Rarement un bouquin m'aura secoué comme celui-là. Y a quelques temps je disais que je ne pouvais plus trop mater de films dérangeants et/ou déprimants. Au niveau de la littérature, j'avais cru comprendre que les romans de Jack Ketchum par exemple étaient relativement glauques et malsains niveau violence etc. Cependant, même si j'avais lu La Route (qui est déjà pas mal dans le genre), je ne pensais pas que les autres romans de McCarthy étaient aussi glauques.

     

    Il faut savoir que Cormac McCarthy a passé près de vingt ans à écrire Méridien de Sang, vingt ans  durant lesquels il a effectué de nombreuses recherches sur le Far West de l'époque, les modes de vie ainsi que sur les personnalités historiques comme Samuel Chamberlain ou Joel Glanton qui ont directement inspiré les principaux  protagonistes du roman.

     

     

    Méridien de sang n'est pas un livre facile d'accès. Il y a tout d'abord le style de l'auteur. J'ai peut-être lu La Route il y a trop longtemps pour m'en souvenir mais Cormac McCarthy a vraiment une écriture particulière. Très poétique,  McCarthy use et abuse des métaphores à gogo pour imager pratiquement n'importe quelle description ou n'importe quelle action des protagonistes. En gros il y en a quasiment à chaque phrase. Les phrases tiens parlons-en. McCarthy est généreux en mots mais avare en ponctuation. En résulte des phrases  longues, voire très longues dont le style m'a rappelé un peu le Faulkner façon le Bruit et La Fureur.

     

     

    Tiens un exemple:

     

    C'était partout des chevaux renversés et des hommes qui se débattaient et il vit un homme assis qui chargeait son fusil pendant que le sang lui giclait des oreilles et il vit des hommes qui tenaient à la main leurs revolvers démontés et tentaient de mettre en place les barillets chargés qu'ils portaient avec eux et il vit des hommes à genoux basculer et empoigner leur ombre sur le sol et il vit des hommes transpercés d'un coup de lance et saisis par les cheveux et scalpés debout et il vit les chevaux de guerre piétiner les hommes tombés à terre et un petit poney à la face blanche et à l'œil glauque émergea du brouillard et le menaça d'un claquement de mâchoire comme un chien et disparut.

     

    ou encore, sur la même page:

     

    Ceux-ci conduisant maintenant une frise endiablée de chevaux lancés tête en avant avec leurs yeux révulsés et leurs dents limées et de cavaliers nus avec des gerbes de flèches serrées entre les mâchoires et leurs boucliers qui étincelaient dans la poussière et revenant dans un piaulement de flûtes d'os des rangs déchiquetés en se laissant glisser le long de leurs montures le talon suspendu à la longe de garrot et leurs petits arcs tendus par-dessus l'encolure allongée des poneys jusqu'au moment où la compagnie fut encerclée et ses rangs coupés en deux puis se redressant comme des mannequins de foire, certains avec des figures de cauchemar peintes sur la poitrine; piétinant les Saxons démontés et les transperçant et les assommant et sautant de leurs montures avec des couteaux et trottant curieusement de-ci de-là sur leurs jambes torses comme des créatures contraintes à d'étranges modes de locomotion et arrachant aux morts leurs vêtements et les saisissant par les cheveux et passant leurs lames autour des crânes des vivants comme des morts et levant bien haut les sanglantes perruques et tailladant et tranchant dans les corps dénudés, déchirant des membres, des têtes, vidant les bizarres torses blancs et brandissant de pleines poignées de viscères, d'organes génitaux, quelques uns parmi les sauvages tellement imprégnés de matière sanglantes qu'ils semblaient s'y être roulés comme des chiens et d'autres qui se jetaient sur les mourants et les sodomisaient en poussant de grands cris à l'adresse de leurs compagnons.

     

     

     

     



    Ah ouais quand même. Moi qui me foutais de la gueule de James Lee Burke, j'ai été servi. Je sais d'où il tient son inspi maintenant.

     

    D'autre part, le fond en lui même n'aide pas forcément à appréhender le roman. L'histoire, qui ressemble plus à une errance sans fin, est jalonnée de personnages froids, monolithiques, pour la plupart antipathiques (il n'y a aucun personnage féminin) et en proie à une barbarie peu commune. J'avoue que j'ai eu un peu de mal à entrer dans le bouquin. Pourtant, après quelques temps la magie opère et on suit avec intérêt les pérégrinations du Gamin errant au gré de ses rencontres dans un monde au paysage désertique lunaire,  peuplé de rares êtres humains, blancs et indiens, mexicains et américains, tous revenus à l'âge de pierre. Tous sauf le Juge, un homme "autre" et hors du temps, presque surnaturel. Un des  personnages les plus intrigants et effrayants qu'il m'ait été donné de découvrir dans un bouquin.

     

    Bref, Méridien de Sang est un livre difficile à tous les niveaux, une espèce de Mad Max version Californie du 19ème siècle ultra violent et glauque, voire malsain (quand les  personnages touchent le fond, ils ne le touchent pas à moitié), mais qui est à la hauteur de sa réputation et vaut grandement le coup si tant est qu'on ait le cœur bien accroché.

     

     Je me demande néanmoins dans quel état on peut être à l'intérieur pour pondre un truc pareil. Je vais tout de même attendre un peu avant de me faire les autres.

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