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    L’Orangeraie

     

     

     

     

     

     

     

     

    Résumé d’après Gallimard

     

     

    Les jumeaux Amed et Aziz auraient pu vivre paisiblement à l’ombre des orangers. Mais un obus traverse le ciel, tuant leurs grands-parents. La guerre s’empare de leur enfance. Un des chefs de la région vient demander à leur père de sacrifier un de ses fils pour le bien de la communauté. Comment faire ce choix impossible? Conte moral, fable politique, L’orangeraie maintient la tension jusqu’au bout. Un texte à la fois actuel et hors du temps qui possède la force brute des grandes tragédies

     

     

     

    Ecrit comme ça, ça peut faire penser au choix de Sophie (j’ai vu que le film) mais en fait non. Le résumé induit même un peu en erreur parce qu’au final le choix est assez rapide du point de vue du père. C’est plutôt le reste est qui est compliqué, le choix de la mère d’abord, et enfin la détermination des jumeaux à assumer un choix qui n’appartient qu’à eux au final.

     

    Un petit mot sur l’auteur :

     

    Larry Tremblay est un auteur et dramaturge québécois né en 1954. Après avoir complété une maîtrise en théâtre à l'Université du Québec à Montréal, il fait plusieurs voyages en Inde où il se spécialise en kathakali, une forme de théâtre dansé ancestral. Sa production sera imprégnée par cet art indien qui, même s'il n'en sera pas le principal sujet, influencera son écriture. D'abord reconnu comme comédien pour son incarnation solo des quatre personnages de Provincetown Playhouse, juillet 1919, j'avais 19 ans, une pièce écrite par Normand Chaurette et produite par la compagnie de théâtre saguenéenne Les Têtes Heureuses, sa carrière de dramaturge prend véritablement son envol avec la production de la pièce Le déclic du destin, lue sur les ondes de la Société Radio-Canada en 1980 par Jean-Louis Millette. Avec le temps, l'auteur voit plusieurs de ses œuvres théâtrales traduites en différentes langues - plus d'une douzaine, dont l'anglais, l'allemand, l'italien, l'espagnol et le tamoul6. Elles ont également été produites dans de nombreux pays. D'ailleurs, ses oeuvres, diversifiées de genre, sont aujourd'hui reconnues au Québec et ont fait, pour la plupart, le tour du globe. En plus de sa production artistique, il enseigne le jeu et l'écriture dramatique à l'École supérieure de théâtre de l'Université du Québec à Montréal jusqu'en 2009.

    «En 2006, quatre de ses pièces sont présentées sur les scènes montréalaises dont La hache qu’il met en scène au Théâtre de Quat’Sous et qui récolte trois nominations au Gala des Masques 2006. »

    Larry Tremblay a publié un peu plus d'une vingtaine de livres incluant plusieurs genre: poésie, textes dramatiques, essais et romans

     

    Larry Tremblay

     

     

     

    Pour la petite histoire, je ne connaissais pas du tout Larry Tremblay. Je suis tombé un peu par hasard sur le livre. Il trainait sur le bureau d’un « jeune » (25 ans) cousin de ma femme quand je suis parti au Canada. Il a vu que le livre m’intriguait et il me l’a donné. Ils sont décidément très gentils ces Canadiens. Je l’avais commencé en vacances, et je l’ai paumé, du coup j’étais passé à autre chose en me disant que je le reprendrai plus tard.
    Ca fait donc deux ans que roman trainait chez moi.

     

    Je ne vais pas m’étendre sur outre mesure sur l’Orangeraie. C’est un roman court, qui se lit extrêmement vite et qui est très réussi.
    Comme on peut le lire dans sa « bio », Tremblay est un auteur aguerri. C’est probablement ce qui fait qu’il arrive à aller à l’économie de mots et son talent fait qu’avec des phrases extrêmement simples, il arrive à transmettre énormément d’émotions.

    Il y a quelque chose d’horriblement malaisant à suivre ces deux enfants d’une dizaine d’années devenir témoins  de la brutale transformation du domaine qui les a vus grandir et qui les avait isolés jusqu’alors devenir l’épicentre de la guerre, et à les voir tous deux condamnés par la fatalité, l’un à mourir et l’autre à vivre.

    Si j’ai eu l’impression à la lecture du roman que l’histoire se déroulait en Afghanistan, il n’y a absolument aucun détail déterminant le pays où se situe l'histoire. Tremblay prend le parti de ne jamais préciser le lieu de l’action, permettant une identification plus forte et une universalité de l’histoire, universalité à laquelle renvoie le dernier acte.

     

    Ce livre est apparemment devenu un petit classique de la littérature "jeune", souvent étudié au collège ou au lycée. Il n'en demeure pas moins que c'est pourtant un livre bien plus profond que ce qu'on attend en général de la littérature "jeunesse" actuelle. En vrai j'ai pas grand chose à dire dessus. Ca se lit vite, c'est maîtrisé de bout en bout, et c'est très poignant.  

    Bref, c'est une belle découverte, d'autant plus que je ne crois pas avoir déjà lu un roman québécois (hormis, un Kathy Reichs mais ça compte pas, et puis c'était avant la série Bones). Je lirai un autre de ses bouquins à l'occasion.

     

    Allez next.

     

     

     

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    Ou Freshwater en VO.

     

     

     

     

    Résumé de l'éditeur

     

     

    Au Nigéria, dans la cosmologie igbo, lorsqu’un enfant est dans le ventre de sa mère, il est façonné par des esprits qui déterminent son destin. Mais à la naissance de la petite Ada, les portes entre le monde des humains et celui des esprits se sont temporairement ouvertes, le temps pour ces derniers de s’immiscer dans le corps de la fillette et de s’y trouver bloqués.
    Un pied dans le monde des vivants, un pied dans le monde des esprits, Ada va ainsi grandir envahie par un cortège de voix qui vont se disputer le contrôle de sa vie, fractionnant son être en d’innombrables personnalités.
    Mais lorsque Ada quitte son berceau géographique pour faire ses études aux États-Unis, un événement traumatique d’une violence inouïe va donner naissance à un nouvel esprit, beaucoup plus puissant, beaucoup plus dangereux. Ce nouveau «moi» prend possession d’elle et se nourrit de ses désirs, de sa colère et de sa rancœur. La vie de la jeune fille prend alors une tournure de plus en plus inquiétante, où la mort semble devenir une séduisante échappatoire.

     

    Ouais c'est un peu long mais j'avais la flemme de rédiger un résumé moi-même. J'ai déjà la flemme d'écrire sur ce blog alors bon...

     

    Je suis tombé sur ce livre totalement par hasard. Enfin il était en vitrine et m'a intrigué. Akwaeke Emezi, ça sonnait nigerian. Ca parlait de cosmologie igbo même. Alors je l'ai acheté direct, comme ça. Sans réfléchir.

     

    Avant tout un petit mot sur l'auteur.e (c'est comme ça qu'on écrit je crois) gentiment fourni par Wikipedia:

     

    Akwaeke Emezi, née en 1987 à Umuahia au Nigeria, est une personnalité nigériane, écrivaine non-binaire, d'origine Igbo et Tamoul.  Akwaeke Emezi se décrit comme « Nigériane, noire, trans et non-binaire ». Emezi utilise le pronom they singulier en anglais.

     

    Trans... non binaire... WTF!! Moi qui l'avais juste acheté parce qu'elle avait un nom nigerian, igbo qui plus est (d'ailleurs ma famille vient de la même région qu'elle, j'y suis allé à Umuhaia), et de la religion igbo que je ne connais pas. Je comprends pourquoi le vendeur, un Noir à dreadlocks sympa, m'a regardé avec étonnement quand j'ai dit que le livre était pour moi (surtout que je l'ai acheté près du Marais). Si j'avais lu ça avant, je suis pas sûr que je l'aurais acheté. Enfin bon, je ne regrette pas.

     

     

     

     

    Akwaeke Emezi

     

     

     

    Pour reprendre la description Wikipedia, il est précisé qu'elle est la première personnalité trans à avoir remporté le prix Baileys Women's Prize for Fiction, un prestigieux prix littéraire anglo-saxon. Il est aussi précisé plus bas qu'elle a transitionné à 28 ans et qu'elle a raconté le parcours dans des articles. Cool...
    Notons aussi que sa soeur cadette, Yagazie Emezi, est une photographe assez réputée (plutôt charmante qui plus est).

     

    Je pense que malgré tout ce qu'on peut se dire, chacun a ses limites quand il s'agit de tolérance. En ce qui me concerne, si les gays me font en général ni chaud ni froid, j'ai toujours eu du mal avec le transexualisme. Quand je parle de tolérance j'en parle pas avec méchanceté mais plutôt comme acceptation d'une certaine normalité. Physiquement déjà, c'est un truc qui m'a longtemps fait flipper (comme les clowns ou les mimes). Je vais faire dans le cliché du Brésilien du Bois de Bou mais une meuf musclée d'1m90 avec une voix plus grave que la mienne, ça me met clairement mal à l'aise. Peut-être parce que mon cerveau n'arrive pas à identifier clairement de quoi il s'agit. Je caricature évidemment mais dans le fond je le pense vraiment.

    J'aurais beau dire que je m'en fous, que chacun fait sa vie et que je ne veux pas juger, ça ne m'empêche pas de penser que le transexualisme relève de la psychiatrie. Après si ça peut aider des femmes nées dans des corps d'hommes ou le contraire à se sentir enfin comme ils ou elles devraient l'être, tant mieux. Le pire étant que c'est quelque chose qui existe dans de nombreuses cultures depuis des siècles comme les hijras en Inde, les fakaleiti dans les îles Tonga etc. D'ailleurs, il y a dix ans j'avais été dans une resto polynésien super bon, tenu par des... ben par des "femmes" quoi. Etrange au début de voir des serveuses balèzes, puis on s'y fait. C'est à cette époque que j'ai appris l'existence des "mahu" en polynésie.

     

     

     

    Enfin bref, pour en revenir au bouquin, le fait d'avoir appris ça en cours de route m'a un peu perturbé. Je ne savais pas si Akwaeke était née homme ou femme. Au final ça n'importe pas tant et on finit par l'apprendre assez rapidement. Akwaeke  tout comme son alter ego Ada sont nées femmes et le sont restées au moins jusqu'à 28 ans.

    Le livre m'a donc un peu perturbé au départ d'autant plus que l'héroïne ne s'exprime quasiment jamais directement. Ce sont les ogbanje qui parlent à sa place la plupart du temps. Pour faire simple, les ogbanje ce sont des esprits qui intègrent les corps à la naissance, des esprits pas forcément bienveillants qui plus est. Un peu comme les "jnoun" quoi. Et ces ogbanje ont guidé la vie chaotique de l'Ada. Emezi écrit d'ailleurs la plupart du temps l'Ada au lieu d'Ada, comme pour accentuer la dépersonnalisation de son héroïne, car elle est en général davantage un véhicule pour les esprits qui habitent son corps qu'un être à part entière. Ce procédé lui permet aussi une certaine distanciation vis à vis de son alter ego, et donc un certain recul vis à vis des épreuves qui ont jalonné sa vie. 

    C'est assez difficile de parler du roman sans en révéler l'intrigue. Pour faire simple, j'ai eu un peu de mal à entrer dans le livre. Non qu'il soit mal écrit ou autre (c'est bien écrit et bien traduit). Simplement j'ai eu un peu de mal à accrocher au délire des ogbanje et du roman écrit à la première personne du... pluriel (le pire étant que selon Wikipedia elle utilise le pronom "they" pour parler d'elle). J'ai trouvé ça un peu facile, et surfait au début, comme un gimmick d'écriture, puis comme un prétexte servant à déresponsabiliser l'Ada de ses mauvais choix et ses mauvaises actions. Et puis mon impression a changé en cours de route. On se prend au jeu des ogbanje et de ses conversations avec ce qui ressemble à autant différentes personnalités d'elle-même, et on en vient irrémédiablement à se demander si toute la mystique autour des ogbanje n'est pas une manière polie de parler de schizophrénie, Akwaeke étant totalement consciente de la mince frontière entre les deux. Et au fur et à mesure que j'ai lu et découvert la vie chaotique de l'Ada, j'ai été pris d'un sentiment assez trouble quelque part entre la pitié; la compassion pour ce personnage totalement instable et torturé, qui plonge dans l'auto destruction comme si cela apaiserait ses blessures les plus profondes.

    C'est assez triste, d'autant plus que si salut il y a, il ne vient que par l'acceptation de toutes ses composantes qui font d'elle ce qu'elle est.

     

    Pour résumer, Eau Douce est un beau roman, une belle histoire autobiographique assez émouvante, peut-être un peu inégale, mais qui ne sombre jamais dans le pathos.

     

    Bonne découverte.

     

    Allez next.

     

     

    A noter: une série adaptée serait en préproduction. Pas hyper convaincu personnellement, le roman se suffisant amplement à lui-même je pense..

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    Ah lala... Ca fait longtemps que j'ai rien écrit sur ce blog (j'ai l'impression d'écrire ça souvent). En même temps j'ai eu pleins d'autres trucs à gérer pour préparer mon voyage à Mada (la VRAIE Mada, pas le petit bout de terrain dans les Caraïbes là). Parce que oui, je suis à Mada pour trois mois. J'écris en direct de Tana (Antananarivo pour les non initiés) où il fait environ 25°. Enfin bon j'y reviendrai parce que c'est pas le sujet.

     

     

     

     

     

     

     

     

    Résumé de l'éditeur:

     

    L'agent de la DEA Art Keller, Seigneur de la frontière americano-mexicaine, a juré sur la tombe de son adjoint d'employer tous les moyens, légaux ou illégaux, pour mettre un terne au trafic qui inonde son pays. Le Seigneur de la drogue Miguel Angel Barrera, puis ses neveux Adan et Raul répliquent dans le sang et écrasent quiconque, ami ou ennemi, leur barre le chemin. Callan, un Irlandais né au cœur de la mafia new-yorkaise, devenu tueur, puis mercenaire presque malgré lui ; le père Juan Parada, archevêque de Guadalajara, qui lutte auprès des plus hautes autorités de l'Église pour la survie de centaines de milliers d'Indiens anéantis par la guérilla, chassés de leurs terres, empoisonnés par les produits chimiques ; son amie Nora, qui use de ses charmes tarifés et de son tempérament hors du commun pour faire et défaire alliances, marchés et compromis... Tous jouent une partie mortelle sur un échiquier grand comme le monde. Depuis les jungles d'Amérique centrale, la Federacion Barrera distille un poison qui conduit à la folie des hommes. Ni la justice ni la foi ne veulent plus rien dire. L'instinct seul s'impose : celui qui tue, celui qui sauve.

     

     

    Petite présentation du mec:

     

    Né en 1953 à New York, Don Winslow a grandi dans le Rhodes Island, puis est revenu à New York dans les années 70. Il a effectué de nombreux boulots différents tels que comédien, metteur en scène, détective privé et même guide de safari au Kenya (!!!). En 1991 il réussit à publier son premier roman A Cool Breeze on the Underground (Cirque à Picadilly) mettant en scène le détective Neal Carey qui deviendra un de ses héros fétiches. Le livre est bien accueilli par la critique. Suivront une vingtaine d'autres romans aux genres et univers variés (majoritairement des polars on va pas mentir). Plusieurs de ses romans ont été adaptés au cinéma tels que Kill Bobby Z (avec Paul Walker et Lawrence Fishburne)et bien sûr Savages réalisé par Oliver Stone.

     

     

    Don Winslow

     

     

     

     

     J'ai souvent entendu parler de Don Winslow, notamment depuis Savages, le film d'Oliver Stone adapté d'un de ses romans. A vrai dire, j'avais pas aimé le film même si je trouvais le pitch intéressant. Je ne sais d'ailleurs pas à quel point il est fidèle au matériau de base. Enfin bref, tout ça pour dire qu'après ce film, puis Cartel (que je n'ai pas vu, et à tort puisque le film, adapté d'un scénario de Cormack Mccarthy,  n'a en fait aucun rapport avec le roman), j'ai toujours eu le nom de winslow en tête sans jamais me pencher sur un de ses livres. C'est donc chose faite avec la Griffe du Chien.

     

     

    " Le plus grand roman sur la drogue jamais écrit. Une vision grandiose de l'Enfer et de toutes les folies qui le bordent. " dixit le grand James Ellroy.

     

    Ellroy, Connelly... tous livrent une critique élogieuse de La Griffe du Chien. Limite on pourrait se demander s'il y a pas un peu de foutage de gueule commercial derrière. Et bah personnellement, à la lecture du roman, j'ai qu'un seul mot à dire: waouh!!

     

     

    Dès l'intro, qui nous décrit l'agent spécial Art Keller inspectant une scène de meurtre (enfin, un charnier), le ton est donné. Perso la mise en bouche m'a mis une petite claque. J'étais là genre "ah ouais quand même..."
    Et la suite est à l'avenant. Honnêtement j'ai rarement lu un bouquin aussi nerveux. C'est fou, Don Winslow est très fort. Il y a quelque chose de particulier dans son style et dans sa narration. L'écriture est très nerveuse, concise.Don Winslow ne cherche pas la plus belle prose mais l'efficacité. Ainsi il va à l'essentiel et à l'économie de mots. C'est brut de décoffrage mais bien plus maitrisé qu'il n'y parait. On sent que le mec a de la bouteille.

    Côté narration c'est pareil. Tout au long des 800 pages et quelques, ça part dans tous les sens. Ainsi on passe de Hell's Kitchen (Manhattan) au Sinaloa, de Mexico à Tegucigalpa, du Guatemala à la Colombie, de San Diego à Hong Kong et de Tijuana au Vatican. Le tout avec une improbable cohérence. C'est assez fou, un vrai festival de montagnes russes extrêmement maîtrisé qui tiennent en haleine tout au long du roman. Mais surtout le livre est extrêmement nerveux. Dès le début du livre, il y a une tension qui agrippe le lecteur et qui ne lâchera plus durant toute la lecture du roman et ce pour chaque situation et chaque protagoniste.

     

    Il faut bien comprendre le tour de force dont Don Winslow a fait preuve avec ce roman. Loin d'être un simple polar, La Griffe du Chien est une fresque, un roman fleuve s'étirant sur une vingtaine d'années durant lesquelles on assiste à la naissance du narco trafic mexicain d'envergure internationale et à son émergence à travers la création des principaux cartels. Bien qu'étant une fiction, le livre n'en est pas moins extrêmement documenté sur l'histoire relativement récente du narcotrafic. J'ai lu que Winslow avait passé environ six ans à se documenter avant de s'atteler à l'ouvrage. Et ben ça se ressent. D'ailleurs il s'avère aussi riche en détails, c'est que la plupart des personnages sont inspirés de authentiques personnalités du monde du crime ou d'ailleurs. Leur évolution, les situations (parfois ultra glauques) auxquelles ils font face, les fusillades et même les massacres renvoient la plupart du temps à faits qui ont réellement eu lieu. Et c'est d'ailleurs ce réalisme qui est peut-être le plus terrifiant. Parce que oui, le livre est d'une violence assez inouïe. je dirais pas qu'on est dans un truc aussi sordide que Meridiens de Sang (probablement un des trucs qui m'a le plus mis mal à l'aise niveau violence) mais y a quand même quelques passages assez gratinés.

     Ainsi très peu de choses nous sont épargnées: meurtres en tous genres, torture, décapitation, démembrements, meurtres d'enfants... bienvenue dans l'univers des cartels, un univers d'une sauvagerie sans limite. Ceux qui ont vu les trois ou quatre saisons de Narcos seront en terrain connu.

     

    Pour autant cette débauche de détails historiques ou non ne fait pas non plus oublier la place des personnages dans le livre. Aussi tous les protagonistes bénéficient d'une épaisseur et d'une psychologie dignes de ce nom, et on s'attache assez rapidement à toute cette galerie de personnages hauts en couleurs ayant chacun leurs part d'ombre et de lumière. Et effectivement, même le pire criminel peut susciter l'empathie tout comme le flic le plus droit peut devenir un véritable enculé, la fin justifiant généralement les moyens. Dans tout ce marasme, on peut qualifier le personnage de Sean Callan d'exception. Bien qu'il ne soit pas le seul personnage a voir une certaine "morale" (ils en ont tous une à leur manière), c'est le seul qui possède une espèce d'innocence à sa manière. Plus que tous les autres, Sean est un peu un mec bardé de principes empêtré dans une histoire bien trop grosse pour lui, mais qui s'évertue envers et contre tout à les conserver. En ce sens je l'ai trouvé peut-être un peu plus touchant que les autres. C'est un mec bien qui s'est simplement retrouvé du mauvais côté. D'ailleurs pendant tout le bouquin je trouvais pas trop d'intérêt à son histoire mais il a un rôle clé comme tous les autres personnages au final.

    Honnêtement j'ai pas grand chose à dire de plus sur ce livre si ce n'est qu'il est bien à la hauteur de sa réputation.

    Parfaitement maîtrisé, extrêmement nerveux (je le répète), La Griffe du Chien est à mes yeux un petit chef d'oeuvre du genre, bien que destiné à un public averti. Je pense me faire Cartel (la suite) dans pas trop longtemps.

     

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    Résumé de l'éditeur:

     

     

    Jake Adelstein en a bien conscience : il ne s’en sortira pas vivant sans aide. Après avoir écrit un article sur Tadamasa Goto, il a tout le Yamaguchi-gumi à ses trousses. Partant du vieux principe selon lequel « les ennemis de mes ennemis sont mes amis », Jake Adelstein engage un ancien yakuza, Saigo, qui appartenait à la branche ennemie de Goto. En échange ? Jake doit écrire la biographie de son protecteur. À partir de la vie de cet homme qui a connu l’âge d’or des yakuzas, Jake Adelstein dresse une fresque épique de la mafia japonaise, des années 1960 à nos jours. C’est Le Parrain au pays du Soleil-Levant, cela commence sur fond de tatouages sophistiqués et se termine dans les milieux de la finance. Entre-temps, les yakuzas ont perdu leur sens de l’honneur.

    Une fresque épique sur la plus secrète des organisations criminelles.

     

     

     

    J'avais lu et adoré Tokyo Vice (dont je parle ICI ), alors j'ai décidé de lire l'effort suivant de Jake Adelstein.

    Au vu du titre vaguement banal, j'avais peur d'être un peu déçu, mais au final il n'en est rien. L'histoire suit donc la vie haute en couleur de Saigo, un Japonais qui se retrouve singulier dès la naissance. En effet, né dans les années 60 d'un père japonais plutôt conservateur et d'une mère américaine d'origine japonaise, Saigo grandit sous l'influence de celle-ci et sans jamais parvenir à se conformer aux convenances qui font les particularismes culturels du Japon. Rustre dans ses manières, doté d'un physique impressionnant, et d'un sale caractère, le bonhomme devient vite un bagarreur hors pair. C'est donc tout logiquement qu'il devient chef d'une bande de bosozokus, les bandes de motards japonais, puis dévie en créant une milice d'extrême droite avant de finalement intégrer un clan yakuza appartenant à l'Inagawa kai, soit le second groupe yakuza du pays par son importance.

    Bon le mec a quand même eu une vie de dingue et est globalement passé par toutes les cases obligatoires du chef yakuza type: les bandes, les milices, la prison, l'enrôlement dans un clan yakuza, la création de son propre gang, l'irezumi (tatouage japonais), les conflits de territoire, l'argent, la drogue (dure), les femmes, le manque d'argent...

    Parce que ce qui est intéressant dans la description des clans yakuzas, c'est que la structure pyramidale de celle-ci est faite de telle sorte que plus tu évolues, plus tu gagnes d'argent et plus tu te dois de gagner de l'argent. Non seulement il faut avoir de l'argent pour l'apparence et le prestige (belle voiture, belle maison, beaux vêtements, beau tatouage, bref tout ce qui renvoie au grade de l'intéressé), mais aussi et surtout parce qu'à la manière d'associations, il faut payer d'énormes sommes d'argent pour les cotisations au groupe, à l'oyabun, ainsi que pour les fonds de soutien aux yakuzas enfermés, aux  enterrements... Inutile de dire que la spirale devient inéluctable, d'autant plus que l'argent qu'on récupère dépend du nombre de soldats dont on dispose. Bref un sacré casse-tête.

     

     

    Contrairement à ce que le titre (un peu fourre-tout) laisse supposer, Jake Adelstein, en racontant la vie de Saigo (dont on ne connaîtra jamais le nom de famille, il me semble), en profite pour raconter l'histoire des yakuzas au Japon, de leur émergence à la fin du 19ème siècle), à leur explosion après la second guerre mondiale. Très généreux en détails et extrêmement documenté, il en profite pour mettre en lumière les rapports ambigüs que le Japon a longtemps entretenu avec les yakuzas, de la population locale à la police, en passant évidemment par l'appareil politique jusque dans ses plus hautes sphères. On y découvre par exemple les liens trouble qui ont existé entre une branche du Yamaguchi gumi (le plus important groupe yakuza du Japon, et avec lequel Jake Adelstein a eu maille à partir) et la secte Aum, une secte mondialement connue pour avoir propagé du gaz sarin dans le métro tokyoïte, ou encore Shinzo Abe dont la nomination en tant que premier ministre se serait faite dans l'ombre de manière "insistante".

    Par ailleurs, Jake Adelstein en profite pour s'attarder sur l'histoire des principaux clans (l'Inagawa Kai et le Yamaguchi Gumi entre autres), à travers les hommes phares qui ont fondé ou participé à l'émergence de ceux-ci, et développe les subtilités qui les différencient comme la philosophie, la région d'origine, les secteurs d'activité (par exemple les tekiyas qui gèrent le commerce des fêtes foraines et festivals) et les limites morales de chaque groupe. C'est d'ailleurs assez drôle de voir les paradoxes des yakuzas, généralement liés à des partis d'extrême droite alors qu'ils sont paradoxalement les structures qui enrôlent le plus grand nombre d'hommes issus de populations traditionnellement discriminées au Japon (les Coréens, les "Burakumin").

    On y découvre aussi les différents rites et cérémonies en usage dans le monde interlope des yakuzas.

     

    Bref, je m'arrête là. En plus de raconter la vie assez passionnante de Saigo, Jake Adelstein en profite pour nous livrer une véritable bible des yakuzas. En ce sens, Le Dernier des Yakuzas est pour moi un incontournable pour qui s'intéresse un tant soit peu au sujet.

     

    Gros livre!

     

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    Résumé:

     

    Voici l'histoire du dernier des hommes qui parlait la langue des serpents, de sa sour qui tomba amoureuse d'un ours, de sa mère qui rôtissait compulsivement des élans, de son grand-père qui guerroyait sans jambes, de son oncle qu'il aimait tant, d'une jeune fille qui croyait en l'amour, d'un sage qui ne l'était pas tant que ça, d'une paysanne qui rêvait d'un loup-garou, d'un vieil homme qui chassait les vents, d'une salamandre qui volait dans les airs, d'australopithèques qui élevaient des poux géants, d'un poisson titanesque las de ce monde et de chevaliers teutons un peu épouvantés par tout ce qui précède.
    Peuplé de personnages étonnants, empreint de réalisme magique et d'un souffle inspiré des sagas scandinaves, L'Homme qui savait la langue des serpents révèle l'humour et de l'imagination franchement délirante d'Andrus Kivirähk. Le roman, qui connaît un immense succès en Estonie depuis sa parution en 2007 (plus de 40?000 exemplaires vendus pour un pays d'à peine 1,4 million d'habitant) retrace dans une époque médiévale réinventée la vie peu banale d'un jeune homme qui, vivant dans la forêt, voit le monde de ses ancêtres disparaître et la modernité l'emporter. Une fable?? Oui, mais aussi un regard ironique sur notre propre époque, comme le souligne Jean-Pierre Minaudier dans une postface bien renseignée.

     

     

     

    Donc voilà. C'est le résumé fourni par l'éditeur je crois vu qu'il est présent sur les sites de la Fnac et d'Amazon. Si c'est le cas c'est autant plus étonnant qu'il n'y a pas d'australopithèques mais c'est d'anthropopithèques qu'il s'agit, à moins qu'il y ait eu une erreur de traduction.

     

     

    En toute honnêteté je n'avais jamais entendu parler du bouquin ni même de l'auteur jusqu'à ce qu'une collègue (celle qui m'a filé les bouquins de James Lee Burke, dont je parle ICI ), se décide à me le prêter sans que je lui demande quoi que ce soit. C'est beau l'amour de la lecture.

    Je ne sais pas pourquoi mais je n'ai jamais réussi à entrer dans le délire. Il y a énormément de choses paradoxales dans ce bouquin. Tout d'abord, il y a l'histoire.  Comme je n'en n'avais jamais entendu parler, je m'attendais à lire une histoire de fantasy plus ou moins bateau, ou vaguement grand public comme les premières pages le laissent suggérer.  Pourtant plus on avance, plus l'histoire s'éloigne du carcan de la fantasy. C'est très difficile à résumer sans révéler l'intrigue.

    Pour faire simple on suit les "aventures"de Leemet, un jeune enfant qui grandit dans un monde qui se dérobe sous ses pieds et qui devient malgré lui, le témoin privilégié de la fin d'une civilisation et de l'avènement de la suivante.

    C'est d'ailleurs toute la force du livre. Leemet qui a été bercé par les récits héroïques de ses aïeux, par la force incommensurable de la Salamandre, grandit en voyant son peuple se décrépir, sa forêt se désertifier. Leemet devient le spectateur impuissant de la dégénérescence de ses congénères, qui quittent progressivement la forêt pour s'installer au village, et qui deviennent progressivement asservis à de nouvelles croyances comme le christianisme (qui en prend pour son grade lol)  sous le joug de l'envahisseur allemand. Et surtout qui ne connaissent plus la langue des serpents, cette langue qui leur permettait asservir la faune de la forêt et qui leur permettait de faire appel à la salamandre,un formidable animal immortel, pour vaincre leurs ennemis.

    En lisant le bouquin malgré la qualité de l'écriture, du style et de l'histoire en elle-même, j'ai par moments été gêné par l'impression de sous texte xénophobe qui se dégageait du livre. Les envahisseurs étrangers (allemands), les coutumes qu'ils nous imposent dans le sang etc. C'était d'autant plus gênant que quand je le lisais j'avais toujours à l'esprit la photo de notre Marine nationale avec un nationaliste estonien. Après il a le droit de penser ce qu'il veut hein, mais bon.

    Et pour une fois, j'ai lu la postface, et j'ai eu un second regard sur l'oeuvre.Comme quoi parfois c'est intéressant d'avoir un commentaire. J'ai donc révisé mon jugement et il s'avère que même si je n'ai pas adoré le bouquin, il est difficile de ne pas reconnaître que c'est un très bon livre

     

    Bref, j'en ai trop dit, ou pas assez. Dans tous les cas, L'Homme qui Savait la Langue des Serpents est un très bon roman, assez singulier, et surtout très captivant, sur l'histoire d'un homme qui se révèle être le dernier de son espèce. Une espèce de croisement improbable entre Je Suis Une Légende et Things fall Apart en somme, le tout à la sauce fantasy estonienne.

     

    A découvrir

     

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