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    Résumé

    Paterson est une petite ville du New Jersey qui a vu défiler nombre de célébrités tels le boxeur Hurricane Carter, le duo de comiques Abott et Costello entre autres. Paterson est aussi le nom d'un chauffeur de bus féru de poésie. Paterson conduit le bus 23 qui sillonne la ville qui porte le même nom que lui. Une semaine dans la vie d'un homme ordinaire évoluant dans une petite ville ordinaire. En apparence seulement.

     

     

     

    J'y suis allé un peu en ne sachant vraiment à quoi m'attendre. Et finalement j'ai bien fait.

    Bien bien Jarmush. Même si j'ai pas vu énormément de films de lui (Ghost Dog, Broken Flower), j'ai été agréablement surpris à chaque fois. Jarmush c'est un peu le stéréotype du réal new yorkais indé, un peu dans la mouvance de Tom Di Cillo. D'ailleurs il me semble qu'ils ont émergé un peu à la même époque, sauf que Di Cillo a fini par réaliser des épisodes de New York Unité Spéciale. Life is unfair.

     

    Pourtant ce serait assez injuste de réduire Jarmush à un réal bobo new yorkais (même si y a un peu de ça. Jarmush fait les films qu'il veut et comme il veut. Et paradoxalement ses films sont sincères loin d'être prétentieux en fait.

     

    C'est assez difficile de résumer ce film et de donner envie d'aller le voir tant son histoire est simple et le film complexe en même temps. On y suit le quotidien relativement banal de Paterson, un ordinaire chauffeur de bus qui passe ses journées à sillonner la ville qui porte le même nom que lui.  

     

     

    Paterson (Adam Driver), un chauffeur presque ordinaire

     

    Autour de lui évoluent des personnages aussi ordinaires que pittoresques comme son malheureux collègue dépressif, le barman passionné de musique et d'échecs et surtout sa femme belle et fantasque. Mais cette routine et ces personnages parfois hauts en couleur conviennent assez bien à Paterson qui profite de cette vie bien réglée pour se libérer le temps nécessaire à sa créativité.

     

    Laura (Golshifteh Farahani) en pleine recherche artistique

     

     

    On l'aura compris, ceux et celles qui veulent voir des fusillades et des explosions ou bien une romance mielleuse passeront leur chemin. Grand fan de cinéma japonais, Jarmush fait ce qu'il a toujours fait, avec un montage épuré et de nombreux plans fixes y compris dans les dialogues ( pas de recours systématique au fameux champ/contre-champ). A sa sobre et élégante mise en scène il est aidé par un casting excellent à commencer par le toujours très bon Adam Driver qui convient parfaitement au personnage de Paterson grand personnage un peu aussi sympathique qu'introverti, mutique et lunaire.

    Le reste de la distribution est à l'avenant: la jolie Golshifteh Farahani, que j'avais vue dans le très bon My Sweet Pepperland, est très bonne dans le rôle de la conjointe amoureuse qui passe son temps à se chercher et apporte ce qu'ii faut de sensualité à son personnage (j'adore ce genre de cheveux j'y peux rien). Les connaisseurs auront aussi reconnu Barry Shabaka Henle (un habitué du petit et grand écran: Greys Anatomy, Collatéral, Miami Vice etc.), dans le rôle de Doc le barman, et Masatoshi Nagase qu'on a pu voir dans Les Délices de Tokyo et dans Mystery Train (déjà de Jarmush).

     

     

     

    Paterson et un touriste fan de poésie (Masatoshi Nagase)

     

     

    Paterson est un film rempli d'images clés, à plusieurs niveaux de lecture. Plus qu'une révision d'Un Jour Sans Fin, c'est un brillant exercice de style à la Raymond Queneau ou chaque jour, chaque séquence, suit le même schéma et se répète inlassablement à quelques détails près. Mais c'est également une ode à la poésie elle-même et à l'art ici retranscrit dans sa plus simple et plus pure expression, un art qui transcende les statuts et critères sociaux, financiers, etc. De ce fait dans Paterson la poésie est multiple. Elle nait d'auteurs illustres comme William Carlos Williams (je vais pas faire le mytho je ne connaissais même pas de nom), mais également de poètes plus modestes, de peintres de maison, de rappeurs (ici Method Man dans son propre rôle), d'écolières, de chauffeurs de bus, de globe-trotteurs japonais.

    C'est une réflexion sur le fait que l'art prend sa source n'importe où, et sur le fait qu'être artiste n'est pas une prérogative réservée à une certaine élite reconnue mais que tout le monde possède en lui-même la légitimité de prétendre à ce statut à partir du moment où il ressent le besoin de l'exprimer. D'ailleurs le film se permet de rappeler que même certains artistes très connus occupaient un emploi à côté de leur activité artistique. 

     

    C'est évidemment un film qui me parle, en tant que personne ayant une vie relativement ordinaire qui s'efforce d'achever un roman qui soyons honnête à peu de chance d'être un succès, ne serait-ce qu'édité. Mais tout comme Paterson, j'écris principalement parce que j'en ressens le besoin, rien de plus. 

     

    Bref, Paterson est un très beau film que je n'oublierai pas de sitôt (je l'ai vu deux fois en 10 jours). Et c'est un film que je conseille à tous les rêveurs et artistes, reconnus ou pas.

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  •  Bon je sais, j'ai pas calculé le forum depuis la nouvelle année mais bon y a pas mort d'homme hein. Enfin bref

     

     

     

    Premier film de l'année. Pas le meilleur j'espère mais assurément pas le pire. Du moins j'espère aussi.

     Résumé

     

    Dans un futur indéterminé, l'humanité a colonisé d'autres planètes extrasolaires. Délaissant une Terre surpeuplée et polluée, des milliers colons se portent volontaires pour un très long (et onéreux) voyage à bord du vaisseau l'Avalon afin de rejoindre une exoplanète dans 120 ans. Chacun des voyageurs, y compris l'équipage, voyage dans une capsule cryogénique permettant de plonger le corps en léthargie. Malheureusement pour Jim Preston, un défaut ouvre sa capsule plus tôt que prévu. Il réalise alors qu'il est tout seul, et qu'il lui reste encore 90ans avant le réveil des autres passagers. 

     

     

     

    hummmm... Alors comment dire... Le sujet est intéressant (enfin je trouve). Les bases sont clairement posées, même si la mise en scène peine à réellement insuffler le sentiment de solitude qu'est censé éprouver le pauvre Preston (enfin c'est toujours mieux que Seul sur Mars à ce niveau). Et au jeu du avec qui partiriez-vous sur une île déserte? La réponse est vite trouvée. Personnellement et je ne pense pas être le seul, j'aurai fait pareil.

     

    Jim Preston (Chris Pratt) qui découvre les joies du service réclamation intersidéral

     

     

    En fait, la plus grande partie du film, assez intimiste au demeurant est même plutôt réussie je trouve. On retrouve les considérations métaphysiques habituelles inhérentes à la science-fiction: qu'est-ce qui fait que la vie vaille la peine d'être vécue etc. Même si la réal est assez passe partout, je trouve que le film se mate sans déplaisir. Et même l'histoire d'amour entre ce pauvre malheureux d'origine modeste et cette fille de l'Upper East Side (le coin bourge de Manhattan) est même plutôt correcte, une histoire où toutes les conventions et barrières sociales sont disparues, avec un couple qui n'a pas vraiment d'autre option que de s'aimer pour vivre.

     

    Jim qui cherche à se faire pardonner d'avoir gâché la vie d'Aurora

     

     

    Malheureusement, parce que c'est américain, et que c'est trop chiant comme ça pour le public de base, on va les mettre face à une grosse catastrophe avec explosion et tout le tintouin habituel. Pourquoi rajouter un troisième acte relativement foireux? Pour tenter de rentabiliser la 3D (totalement inutile)? Pour rallonger le métrage alors qu'on n'a plus rien à dire? Sans doute un peu de tout ça.

     

     

    Les passagers face à Armageddon

     

     

    Alors oui c'est Ricain donc c'est relativement carré: Chris Pratt est plutôt crédible, Jennifer Lawrence est impec comme d'hab, Michael Sheen est anglais, Lawrence Fishburne a son charisme habituel, les effets spéciaux sont propres, tout est bien fait... Mais bon c'est toujours pareil, c'est tellement carré que c'est un peu vide et impersonnel. Ah si une curiosité: Andy Garcia vient faire un caméo (de la figuration pour les acteurs célèbre) à la fin du film.

     

     

     

    Arthur (Michael Sheen impeccable) le bartender androïde et principal confident des passagers

     

    Pour autant Passengers n'est pas catastrophique non plus, mais bon au final je suis sorti avec un goût assez amer alors que c'était plutôt pas trop mal parti. Le film aurait pu être un très beau film (avec une réal un petit peu plus inspirée également) mais passe malheureusement à côté de son sujet, la faute à un virage douteux et une fin décevante (avec les messages lourdingues dont les Ricains sont coutumiers). En l'état ça reste un bon petit film, assez sympathique et relativement ordinaire. C'est mieux que rien et c'est toujours ça de pris.

     

    Correct, ni plus ni moins.

     

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    Résumé:

     

    A l'approche de ses cinquante ans, Rocco veut raccrocher et abandonner le porno. Malheureusement ses démons l'ont déjà sorti une fois d'une retraite anticipée. Dépendant sexuel, il vit de plus en plus mal sa carrière et sa vie de famille. Le film retrace sa tentative de mettre fin à sa carrière et nous permet de découvrir un peu plus l'homme derrière la légende.

     

     

     

     

    Rocco, la légende de toute une génération. Quand j'étais ado je ne sais même pas s'il y avait un Italien plus célèbre que Rocco Siffredi en France. Le docu s'attache à suivre Rocco durant sa dernière année d'activité au plus près afin de dresser un portrait sans fard de l'acteur. Quiconque a déjà vu ou lu une interview du bonhomme sait qu'il ne fait pas dans la langue de bois. De ce fait, lorsqu'il se laisse filmer il se livre et dresse un constat assez peu reluisant de sa carrière et de sa vie.

     

    Rocco Tano de son vrai nom est issu d'un milieu modeste et a grandi dans une famille italienne assez typique.  Même si la religion est peu évoquée, on se doute qu'elle a eu une grande importance dans son enfance vu le regard très ambigu qu'il entretient avec sa carrière. Au cours du docu on découvre de plus en plus la difficulté qu'il éprouve à lier sa vie de père de famille et de mari aimant avec son métier. De la même manière on s'aperçoit qu'il a développé un rapport quasi freudien avec sa mère qui a conditionné une certaine culpabilité et une grande colère.

    Même si le documentaire n'échappe pas à certains écueils formels (mise en scène un peu trop appuyée question dramaturgie et à la limite du voyeurisme niveau cul et paradoxalement assez cru), il remplit aisément sa mission en nous décrivant la personnalité complexe qui se cache derrière le mythe.

    Rocco apparait alors comme un homme intelligent et torturé, un homme bourré de contradictions en lutte perpétuelle avec ses démons. Et finalement son portait en fait quelqu'un d'assez touchant.

     

    Bon par contre son cousin qui l'a suivi dans sa carrière apparait comme un putain de boloss, limite boulet tellement il plane. Je suis pas sûr qu'il ait apprécié le film ha ha!

     

    Bref ça reste un très bon docu. A voir.

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    Bon on redescend d'un cran et on revient en terrain grand public.

     

     

     

    Bon vu que j'arrive après la guerre et que j'ai pas grand chose à dire dessus je ne vais pas m'éterniser dessus.

     

    Mine de rien, j'ai beau dire et redire que j'en ai rien à carrer des super-héros, force est de constater que j'ai vu pratiquement toutes les adaptations Marvel et DC. J'ai dû rater les "premiers" de la mouvance à l'époque (Green Lantern, les 4 Fantastiques précédente et nouvelle version etc.) mais il me semble que j'ai dû voir 80% des autres même en DivX ou à la télé (même les daubes comme Elektra et Dardevil). De mémoire j'ai dû rater le deuxième Hulk, le 2ème Avengers, le 3ème Captain America, les derniers X Men et c'est tout. En fait le truc c'est que hormis quelques exceptions comme les Gardiens de la Galaxie j'y vais toujours par dépit, faute de film intéressant et consensuel à  la séance où je vais au ciné.

     

    Le résumé:

     

    Stephen Strange, un éminent neurochirurgien prétentieux et égocentrique, ne vit que pour son besoin de marquer l'histoire de la médecine. Malheureusement, un accident de voiture stoppe brutalement son ascension vers la gloire. Ruiné et incapable d'exercer, il finit trouver le salut auprès d'un moine mystique retiré au fin fond du Népal. A force d'entrainement, d'humilité et de persévérance, il parvient à développer des facultés surnaturelles. C'est alors qu'il apprend qu'un ancien élève s'est emparé de certains écrits capables de mener le monde à sa destruction.

     

     

     

     

     

     

     

    Y a quelque chose d'assez impressionnant et en même temps d'effrayant dans la capacité de Marvel à sortir des blockbusters à la chaîne depuis le rachat par Disney. C'est simple, là où avant on avait un super héros par an, aujourd'hui c'est un par trimestre, voire deux quand DC et Marvel veulent se la jouer au coude à coude. Et voir Superman Spider-Man et leurs potes occuper la moitié de l'espace cinématographique me met assez mal à l'aise par rapport à l'image que j'avais avant du cinéma, j'ai un peu l'impression que Disney a littéralement fait une OPA sur tout un marché et toute une culture. La démarche rouleau compresseur est déjà assez dure en elle-même mais là où elle devient insidieuse, et là où Marvel a été plus rapide que DC, c'est dans la volonté de Disney à mettre en avant des personnages relativement mineurs comme les Gardiens de la Galaxie ou même Ant-Man(encore qu'il fait partie des Avengers donc il doit pas être si mineur que ça). En ajoutant à ça l'introduction d'un personnage extérieur à l'histoire à chaque générique de fin, cela leur permet de créer petit à petit une corrélation entre tous les films et de recréer une grosse partie de la mythologie Marvel, ce qui est évidemment plus efficace que de miser sur une franchise unique qui s'essoufflera bien plus rapidement (comme Spider-Man dont Sony ne sait plus trop quoi faire à part le prêter à Disney justement, on n'est pas loin du mercato footballistique dans le principe). Je suis sûr qu'ils sont en train de faire la même chose avec la franchise Star Wars. D'ailleurs je viens de voir sur Wiki que ce projet a même un nom et une structure: le MCU (pour Marvel Cinematic Universe). Un jour Disney contrôlera le monde. Le Nouvel Ordre Mondial approche.

     

    Pour en revenir au film qui nous "intéresse", bah rien de neuf sous le soleil. D'un point de vue scénaristique, on n'est pas loin du récit initiatique: le héros est soit un pouilleux, soit un mec imbu de lui-même (c'est le cas ici), il lui arrive une couille, il choppe des pouvoirs, apprend à s'en servir grâce à un mentor poursuit une cause pour vaincre le grand méchant et ainsi sauver le monde (comme dans quasi tous les films de super héros en fait). Rien que du très convenu.

     

    Stephen Strange (Benedict Cumberbatch), un chirurgien de génie qui a tout perdu

     

     

     

    En fait la particularité réside dans le traitement. Déjà l'introduction est relativement longue et sobre pour un produit de ce genre, avec un background dudit Dr Strange assez étoffé. Part la suite on entre dans le vif du sujet de manière assez convenue comme indiqué dans le paragraphe ci-dessus. Pas de grosse surprise au programme donc si ce n'est un visuel assez intéressant et original dans une certaine mesure. En effet difficile de ne pas penser à Inception avec ces combats "pluridimensionnels", et même à Avatar (le très bon dessin animé, par le film pourri de Shiyamalan ou celui de Cameron) avec un personnage ressemblant étrangement au jeune Wang.

     

     

     

     "L'Ancien" (Tilda Swinton) qui vient de révéler à Strange son corps astral

     

     

     

    Cependant le film reste à mon sens une petite curiosité ne serait-ce que par son casting atypique (et trois étoiles) pour ce genre de film: Benedict Cumberbatch en tête mais pas seulement. Hormis Rachel McAdams et Benjamin Bratt, dans la distrib on peut trouver mon Nigerian sûr Chiwetel Ejiofor, Benedict Wong que j'ai vu dans la moitié de sa filmo mais que je ne reconnais jamais, et surtout Tilda Swinton qui volerait presque la vedette à Benedict en termes de visage étrange. Mais le plus étonnant reste la présence assez improbable de Mads Mikkelsen en antagoniste doté de pouvoirs mystiques.  Non mais sérieux c'est un casting de Marvel ça? Bah faut croire apparemment. Et même si finalement Crumberbatch est crédible (après tout il a joué dans Sherlock, très bonne série au passage), j'ai eu du mal à prendre Mads Mikkelsen au sérieux tellement il a rien à foutre là. Mads Mikkelsen quand même putain! 

     

     

     

     
    Mads Mikkelsen, dégoûté d'avoir touché un gros chèque pour le rôle de Kaecilius
     

      

     

    De toute façon quand tu mates la filmo des protagonistes tu te dis qu'ils ont tous dû toucher un putain de gros biff pour y participer à ça c'est sûr. Une action se situant à Londres, des acteurs "européens" (4 Anglais et un Danois), il y a probablement une volonté d'apporter un cachet un peu européen, élever un peu  le niveau. Possible. C'est une note d'intention honorable, mais bon dans tous les cas ça reste un Marvel hein. On sait qu'on est pas devant le dernier Ken Loach (que j'ai raté d'ailleurs). Enfin c'est plutôt bien foutu pour un film de cet acabit donc le contrat est rempli.

     

     Un bon Marvel, mais un Marvel quand même...

     

     

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    Il y a des films comme ça qui sont précédés d'une certaine réputation sulfureuse...

     

     

     

    Je ne sais pas pourquoi mais rien que cette affiche me donnait froid dans le dos. Je trouve qu'elle a un côté un peu crade et glauque. On dirait un aperçu de l'enfer. D'ailleurs je la préfère à l'autre bien plus belle mais plus sobre. Là on est dans le vif du sujet.

     

     

    Résumé:

     

    1942: Biélorussie. Alors que les troupes allemandes envahissent les villages environnants, Fiora, un adolescent de 15ans trouve un fusil dans un terrain jonché de cadavres. Il le récupère et rentre chez lui annoncer à sa mère sa ferme intention de rejoindre les maquisards. Emmené par des soldats, le voici en chemin. Il est pourtant d'imaginer les horreurs auxquelles il va bientôt être confronté. 

     

     

     

     

     

     

    Je ne sais pas si je l'ai déjà dit mais je ne suis pas fan des films dits dérangeants, et/ou déprimants. Je n'ai plus le moral assez solide pour visionner des trucs trop durs ou extrêmes, autant physiques que psychologiques. J'ai dû mettre un an avant de me forcer à voir Snowtown (beau film australien adapté d'un fait divers sordide), peut-être plus de temps encore avant de voir Boat People dont je parle ICI alors que j'ai cherché le film pendant près de 15ans. Pour celui-ci, j'ai pratiquement attendu deux ans tellement je n'arrivais pas à me motiver à le mater. Et finalement vendredi soir à minuit passé (samedi matin donc), alors que je n'étais pas spécialement disposé, j'en ai eu marre de mater des séries Netflix à la con qui ne m'apportaient pas grand chose  (Marco Polo, Expense, Sense8 etc.) et me faisaient davantage penser que je perdais mon temps, alors j'ai lancé ce film. Au départ, j'étais à deux doigts de fermer l'œil mais finalement le film est si intense que j'en ai fait une nuit blanche.

     

     

    Apparemment la genèse du projet a été plutôt difficile. Le projet porté par le réalisateur Elem klimov et le scénariste Ales Adamovitch (qui a adapté son propre roman) a été annulé et mis au placard près de dix ans avant d'être ressorti à l'occasion des quarante ans de la victoire russe. Le tournage lui-même a parait-il été extrêmement difficile. Je veux bien le croire. Dans tous les cas, l'attente a été bénéfique au film au vu du résultat.

     

     

    Fiora (Alexei Kravtchenko), le benêt s'en va-t-en guerre

     

     

     

    Alors oui, le film est bien plus dérangeant que la majorité des films de guerre jouant de manière très intelligente avec la suggestion et la violence frontale. Mais ce serait idiot de le réduire à ça. A l'inverse du titre français quelque peu racoleur, le titre original et le précédent illustrent assez bien la note d'intention d'Elem Klimov. En effet, le projet s'appelait au départ Tuez Hitler, mais l'administration a émis un veto sur l'utilisation de nom "Hitler", et Elem Klimov et Ales Adamovitch ont opté pour un nouveau titre: Idi i smotri (Viens et Vois, inspiré d'un chapitre de l'Apocalypse dans la Bible). Effectivement, à l'image du narrateur de l'Apolcalypse, Fiora le héros, et le spectateur par ricochet, est invité à découvrir par lui-même la réalité de la guerre: le maquis, la faim, la peur, la mort, la cruauté et la folie des humains. De la manière, Tuez Hitler, le premier titre, nous exhorte à nous rappeler que Hitler est avant tout un être humain et que le mal est en chacun de nous. 

     

    Peuplé de gros plans dérangeants de personnages qui nous interpellent comme s'ils nous demandaient de l'aide ou nous obligeaient à être témoins de diverses atrocités, le film n'est jamais complaisant avec le spectateur. Pire il prend même par moments des allures de films d'horreur comme avec cet avion presque anodin au début du film qui progressivement se manifeste comme un oiseau de mauvaise augure. Et comme on n'est pas chez Spielberg le film n'est pas illustré d'une musique donnant dans le pathos mais d'une bande sonore et un mixage parfois très étranges accentuant le malaise de séquences à la fois oniriques et cauchemardesques. 

     

     

     

    Une victime des horreurs de la guerre

     

     

     

     Au niveau de l'interprétation, le film est relativement pauvre en dialogues, et repose bien plus sur l'aura dégagée par les acteurs que par leur composition. Et c'est bien sa force. D'ailleurs, à ce titre le film est rempli de gueules bizarroïdes, bien effrayantes comme de la mystérieuse Glacha et son visage à la fois beau et horrible selon l'instant.

     

     

     

    Glatcha (Olga Mironova), une étrange partisane

     

     

    Par ailleurs pour plus d'authenticité Elem Eliankov a déniché de véritables survivants des bûchers humains perpétrés par les nazis. Et toujours pour des raisons de réalisme (ou parce qu'il n'y avait pas de boîtes d'effets spéciaux à l'époque) Elem Klimov a utilisé de vrais obus et de véritables mitrailleuses tirant à balles réelles, découpant une vache en route (!!).

    A ce propos, il faut tout de même souligner la performance de Alexei Kraventchko dans le rôle de Fiora dont le visage évolue de manière assez étrange tout au long du film. D'ailleurs je viens de lire sur Wiki qu'ils ont engagé un psy pour lui permettre de supporter la pression psychologique vu qu'il a failli y passer en même temps que la vache en question. Etrangement, ça ne l'a pas empêché de remettre le couvert vu que sa carrière est majoritairement faite de rôles de soldat. Sacrés Ruskov

     

     

     

    Fiora, qui a vu des "choses"

     

     

    Il serait facile de limiter ce film à un réquisitoire anti nazi, ceux-ci apparaissant comme des monstres sans foi ni loi. Pourtant Requiem Pour un Massacre est un réquisitoire contre la violence et l'horreur de la guerre, qu'elle soit commise par des Allemands, des Russes ou qui que ce soit.

    Jusqu'au-boutiste dans ses intentions et sa description, Requiem Pour un Massacre est un film qui ne fait pas dans la demie mesure mais c'est également une expérience sensorielle belle et intense, un voyage en enfer.

     

    Un film qui ne laisse pas indifférent.

     

     

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